CHAPITRE XXXIII
tement, dans l'espoir qu'à l'aide du jour nous pourrions trouver de quoi satisfaire notre faim.
Après un trajel considérable à travers bois, juste au niomenl où le soleil se retirait, nous rencontrâmes une route. Nous nous déterminâmes à la suivie, pensant qu'elle nous conduirait dans le voisinage de quelque ferme. Ce fut une» idée malheureuse, car nous n'avions pas fait plus d'un demimille, qu'au sommet «l'une petite colline nous tombâmes sur trois voyageurs à cheval, que les ondulations de la route nous avaient tachés jusqu'à ce que nous lussions à quelques pas les uns des autres.
On fut surpris de part et d'autre. Les voyageurs arrêtèrent leurs chevaux, et nous examinèrent avec un regard perçant. Notre apparence était faite pour attirer l'attention. Nos habits, — s'ils méritaient ce nom, — étaient tout en loques; au lieu de souliers, nous portions une espèce de hauts mocassins. faits de peau de bœuf non tannée; nous avions des coiffures de la même matière; et nos vêtements, surtout ceux de Thomas, étaient tachés de sang.
Ils me prirent pour un homme libre, et l'un d'eux me cria :
— Holà! étranger, qui êtes-vous? où allez-vous? — et à qui appartient cet homme?
Je fis de mon mieux pour tirer parti de ma couleur, et pour avoir l'air de ce qu'ils me croyaient. Mais je m'aperçus bientôt que c'était inutile; ear, bien qu'ils ne m'eussent pas d'abord soupçonné d'être un esclave, notre apparence était si étrange, qu'ils me firent subir un interrogatoire très-sévère. Comme je n'avais pas une idée très-précise de l'endroit où nous étions, et que je n'en connaissais aucunement le voisinage, je fusjiors d'état de répondre convenablement aux nombreuses questions qu'ils me posaient, et je tombai bientôt dans mainte contradiction. Leurs soupçons s'éveillèrent, et, tandis que j'étais attentif aux questions de celui qui portait la parole, un d'eu* sauta à bas de son cheval, et, me saisissant au collet, jura que j'étais un évadé ou un voleur de nègres»
Les deux autres furent aussi à terre en un moment; et, tandis que l'un me prenait par le bras, l'autre essaya de s'emparer de Thomas.
Celui-ci éluda cette tentative, et prit la fuite. Il n'était qu'à une petite distance lorsque, se retournant et me voyant par terre, il oublia aussitôt ses blessures, sa faiblesse, son propre danger, et accourut à mon aide. Ils m'avaient tellement serre la gorge, que j'étais presque évanoui; et, tandis que l'un d'eux me maintenait à terre, l'autre se releva pour s'opposer à Thomas, qui avait déjà terrassé son ennemi, et s'avançait le bâton levé. Son nouvel antagoniste, qui était fort et agile, réussit à éviter le coup qui lui était porté, et aussitôt ils se colletèrent. Thomas n'avait pas l'entier usage d'un de ses bras, et la perte de son sang et son long jeûne avaient beaucoup réduit ses forces; mais il lutta vigoureusement, et il commençait à avoir le dessus lorsque l'homme qu'il avait renversé au début du combat reprit ses sens, et vint au secours de son compagnon. Tous deux ensemble, ils étaient trop forts pour lui, et ils l'eurent bientôt jeté à terre, et lui lièrent les mains. Ils m'en firent autant, et l'un d'eux, ayant tiré des cordes d'une des poches de sa selle, ils nous la passèrent autour du cou, et nous forcèrent, à coups de fouet, à aller du pas de leurs chevaux.
Au bout d'une demi-heure, nous arrivâmes à une mauvaise cabane située sur le bord du chemin. Elle avait l'apparence d'une auberge du d'une taverne, et nous devions y loger. Les seules personnes de la maison semblaient être la maîtresse elle-même et une petite fille de dix à douze ans. Tout y annonçait le malaise et la pauvreté. Nos vainqueurs n'eurent pas plutôt pris soin de leurs chevaux, qu'ils demandèrent des chaînes, — des chaînes de trait, dirent-ils, ou toute autre espèce de chaînes, feraient leur affaire. Mais, à leur grand désappointement, l'hôtesse déclara qu'elle n'avait rien de semblable. Cependant ils se procurèrent de vieilles cordes, et, nous ayant garrottés de leur mieux, ils nous firent asseoir d;ms le passage.