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CHAPITRE XXXV

Les brises favorables que nous avions au départ ne durèrent pas; le temps se mit bientôt à l'orage; nous fûmes enveloppés de brouillards et chassés par des vents contraires. Nos travaux et nos souffrances étaient rudes, mais j'y trouvais une sorte de plaisir. C'était pour moi que je travaillais et que je souffrais; cette pensée me donnait des forces.

Je m'appliquai avec beaucoup de zèle et de bonne volonté à apprendre ma profession. Mes camarades commencèrent par rire de mon ignorance et de ma gaucherie; ils m'accablaient de plaisanteries et me jouaient toute espèce de tours. Mais, quoique grossiers et insouciants, ils étaient bons et généreux. Dès la première semaine de notre voyage, j'eus maille à partir avec le fier-à-bras du vaisseau; je le fustigeai bel et bien, et tout l'équipage tomba d'accord qu'on ferait de moi quelque chose.

J'étais robuste et agile: et, comme je me faisais un point d'honneur d'imiter tout ce que je voyais faire, je fus surpris du peu de temps qu'il me fallut pour courir sur les agrès et

nio hasarder sur les vergues; toutes ees cordes, tous ces termes de mer, me jetèrent d'abord dans la confusion, mais tout cela s'éclaircit bientôt. Avant que nous eussions traversé l'Océan, je savais ferler les voiles, prendre les ris et gouverner comme n'importe qui, et il n'y eut qu'une voix à bord pour jurer que j'étais né pour être marin.

Mais je ne me contentai pas de déployer les voiles et de manier les cordes; je voulais connaître l'art de la navigation. Il y avait dans l'équipage un jeune homme bien élevé qui servait sur le gaillard d'avant, comme c'est l'usage des gens de la Nouvelle-Angleterre, dans l'intention de commander luimême ensuite un vaisseau. Il avait à lui des livres et des instruments, et, ayant déjà fait un ou deux voyages, il savait assez bien s'en servir et tenait une estime de la marche du vaisseau. Ce jeune matelot, qui s'appelait Tom Turner, était un digne et loyal garçon s'il en fut. mais il était grêle de corps, et sa force ne répondait pas à son ardeur. J'avais gagné ses bonnes grâces en prenant son parti dans quelques-unes de nos fredaines du gaillard d'avant ; et, voyant mon désir d'apprendre, il s'était chargé démon instruction. Il me prêta son Navigateur, et, toutes les fois que j'étais de quart en bas, je l'étudiais constamment. D'abord, le tout me sembla bien mystérieux; je fus quelque temps avant d'y rien voir; mais Tom, qui avait la parole facile, me donna des explications qui me mirent sur la voie.

Nous louvoyions tout ce temps dans le voisinage des bancs de Terre-Neuve; et, comme nous étions en butte à une série de tempêtes et de vents contraires, nous faisions peu de progrès. Nous avions perdu une couple de huniers et plusieurs de nos espars, et nous étions depuis soixante-dix jours en mer par un temps très-rude.

Je le prenais bien, du reste; je n'étais nullement pressé d'aborder. J'avais choisi l'Océan pour mon pays; et, quand les vents mugissaient, que les manœuvres criaient, et que la charpente craquait, je me contentais de mieux fermer mon

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