‹ L'esclave blancChapitre 135 sur 207 · CHAPITRE XXXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVI

Cassy et sod enfant étaient tombés entre les mains d'un gentleman. — Telle est la dénomination américaine de celui qui s'adonne à l'état respectable et lucratif de marchand d'esclaves. Mon agent s'enquit de lui ; mais il apprit «nie l'homme était mort sans laisser de papiers concernant son commerce. Il parvint cependant, en prenant la route que ce marchand avait coutume de suivre, à découvrir les traces de la bande

d'esclaves, achetée par lui chez mistress Bfontgomery. Il la

suivit à la juste de village on village jusqu'à Àugusta, dans la Géorgie; mais, là, il la perdit complètement. Cette ville est, ou plutôt était un des principaux marchés d'esclaves. Ceux que cherchait mon agent y avaient été vendus selon toute probabilité; mais il fut impossible de découvrir à <jui.

Ayant échoué dans ses recherches, mon agent eut recours ;ni\ journaux. — Il promettait une forte récompense à la personne qui lui fournirait des indications sur Cassy et son fils; mais tout fut inutile, et, après deux années passées dans de vaines recherches, il renonça à les chercher davantage. Sur le compte de Thomas, il apprit que le général Carter Tavait repris. On avait vu plus d'une fois un homme, dont le signalement se rapportait au sien, traverser les bois et se montrer furtivement dans les plantations du voisinage. On supposait qu'il était encore en vie et à la tête d'une bande de fugitifs.

Hélas! ce furent toutes les nouvelles (pie me rapporta mon agent.

Malgré le peu d'encouragement que me donnaient ses lettres, tant qu'il avait été en Amérique j'avais consent1 de l'espoir. A présent, ma dernière consolation m'était enlevée. A quoi aurait servi que j'eusse secoué mes chaînes, quand des chaînes encore plus pesantes, peut-être, pesaient sur l'amie de mon cœur et sur l'enfant de mon amour? Les malheurs de la tyrannie sont vraiment infinis! Ils m'atteignaient à travers l'immense Océan; et. en pensant à Cassy et à mon lils, je me sentais tout tremblant, connue si de nouveau j'étais chargé' de fers, et que le fouet me frappât et voltigeât au-dessus de ma

tête. Dieu tout-puissant! pourquoi avez-vous condamné dos hommes à de telles souffrances?

Je fus longtemps avant de me remettre d'un coup qui m'avait ôté toutes mes forces morales. Il m'était désormais impossible d'éprouver le moindre bonheur. J'avais comme un ver rongeur dans le sein. Personne plus que moi n'était fait pour apprécier les douces joies du bonheur domestique, et maintenant le souvenir des miens était pour moi une continuelle torture. Oh! si ma femme et mon enfant avaient été près de moi, avec quelles délices j'aurais passé ma vie dans quelque douce retraite !

L'isolement dans lequel je me trouvais, les pensées amères et les images odieuses qui se présentaient en foule à mon esprit, faisaient de ma vie un pesant fardeau. Je ne trouvais de soulagement que dans l'excitation du voyage, et me mis à visiter tous les pays de l'Europe en cherchant de l'occupation et des plaisirs dans l'étude de leurs mœurs et de leurs lois. Je traversai la Turquie et l'Orient, autrefois la patrie des arts et de l'opulence, et aujourd'hui le siège de la tyrannie et de l'opprobre. Je parcourus les déserts de la Perse, et trouvai dans l'Inde une civilisation nouvelle et meilleure s'élevant sur les ruines d'une civilisation ancienne.

Plein d'intérêt pour les malheureuses races dont j'avais fait partie, je me transportai de nouveau au delà de l'Océan. Je gravis les montagnes escarpées des Andes, et j'errai dans les forets lleuries du Brésil.

Partout je trouvai l'odieuse usurpation de l'aristocratie, llétiïssnnt l'existence, la liberté et le bonheur de l'homme. — Al.iis, partout ou presque partout, je vis l'esclave commençant ù rejeter la doctrine traditionnelle d'une lâche obéissance, et s'éveillant aux premiers sons du langage de la liberté. Oui, je l'ai vu partout partout, excepté dans l'Amérique, ma patrie î

Dans le Brésil catholique, dans les îles espagnoles, où l'on pouvail s'attendre à voir la tyrannie rendue plus cruelle

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