CHAPITRE XXXVI
par l'ignorance et In superstition, l'esclave est encore regardé comme an homme ayant droit à la sympathie. Il lui est permis de s'agenouiller au môme autel que son maître, et il peut entendre le prêtre Catholique proclamer, du haut de la chaire, cette vérité sacrée : que tous les hommes sont égaux. Il peut se consoler à Pidée qu'un jour il sera peut-être libre. H peut se racheter. Si on lui inflige une punition injuste, il peut avoir recours à la loi; pour obtenir sa liberté, il peut l'espérer de la générosité d'un maître, ou de sa conscience lorsqu'elle a été ébranlée par les paroles du prêtre qui l'a assiste à son lit <le mort. Devenu libre, il a les droits d'un homme libre, et jouit d'une égalité réelle et pratique dont la pensée seule remplit nos Américains d'horreur et d'indignation.
L'esclavage, dans ces contrées, touche a son terme, et, lorsque la traite sur les côtes d'Afrique aura été abolie, il ne se passera pas un demi-siècle qu'il n'y ait plus un esclave dans l'Amérique espagnole et portugaise.
Ce n'est que dans les Etats-Unis, ce pays qui semble avoir le monopole de la liberté, que l'esprit de tyrannie triomphe avec le plus d'audace et se refuse à toute restriction. Là, seulement, règne une oppression que ne répriment ni la crainte de Dieu, ni l'amour du prochain.
Pour garantir leur odieux despotisme, les marchands d'esclaves américains se sont fait priver, par une loi spéciale, du pouvoir d'émanciper leurs esclaves et ont éteint, de cette manière, la dernière lueur d'espoir qui éclairait leurs victimes!
Et toi, mon enfant! tu es sans doute destiné au malheur! Peut-être, hélas! tout esprit viril est déjà mort en toi; peutfitro la main glacée de l'esclavage a-t-elle gelé dans ton âme le germe du bien pour la laisser flétrie à jamais.
Non! ah! non! cela ne doit, cela ne peut pas être! Mon enfant, tu as encore un père, il ne t'abandonnera pas. Sa misère est immense, ses efforts le seront pareillement. L'amour est bien faible quand il succombe au découragement et aux périls.
Oui, — je l'ai résolu, — je retournerai en Amérique. Je parcourrai ce pays dans tous les sens pour chercher mon enfant. Je l'arracherai à ses oppresseurs, ou je périrai dans un dernier effort. Mais, si j'étais reconnu et pris!... Oh! alors!... non. Ce n'est pas pour rien que j'ai lu l'histoire romaine! Je sais comment tromper la tyrannie : je ne serai pas esclave une seconde fois!