‹ L'esclave blancChapitre 138 sur 207 · CHAPITRE XXXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVII

ver. >i c'était possible, quelque moyen d'arriver à mon but.

Il \ avail plus de vingt ans que je m'étais enfui de cette ville pour trouver, sur l'Océan ou sur quelque terre éloignée, la liberté que me refusaienl les lois de ma patrie. Qu'il était 'oin, le sentiment d'espérance que j'éprouvais en revoyant ces côtes, «I»' la tristesse et du désespoir <jui remplissaient mon cœur lorsque je les avais vues disparaître à mes yeux. Oh! terre cruelle de l'esclavage I ente revoyant, il me semblait que j'allais enfin retrouver la femme et l'enfant que j'avais perdus.

En descendante terre, nous trouvâmes la ville sens dessus dessous. Une foule considérable de gens, pour la plupart bien habillés, entourait l'Hôtel de Ville. Lorsque nous en approebànies, je vis un malheureux que l'on traînait, la corde au cou. de l'intérieur d'une maison voisine, je suppose, jusqu'au milieu de la rue. On criait de toutes parts : « Pendez-le! pendez-le! » et le monsieur enveloppé d'une grande redingote qui tenait le patient semblait très-disposé à obéir à ces cris, et cherchait évidemment un réverbère ou quelque autre objet convenable à l'exécution. Nous poursuivîmes notre route avec beaucoup de difficulté jusqu'à une rue que nous trouvâmes entièrement remplie d'une foule de personnes bien mises, à travers lesquelles deux ou trois femmes passaient doucement en se tenant par la main. Elles semblaient venir d'une maison du voisinage et excitèrent une grande indignation.

En arrivant à l'hôtel garni, appelé, si je ne me trompe, Tremont-House, je demandai quelle était la cause de ce tumulte. Le maître de la maison me répondit qu'il était dû à l'obstination des femmes que je venais de voir dans la rue. Malgré les remontrances qu'on leur avait faites, à la suite d'un meeting général auquel avaient assisté les principaux négociants et avocats de la ville, ces femmes entêtées avaient persisté à se réunir afin de prier ensemble pour l'abolition de l'esclavage; elles complotaient dans ce but, et, ce qu'il y avait de pis, elles prêtaient l'oreille aux exhortations que leur faisait à ce sujet un émissaire anglais. — Le but de la popu-

lace de messieurs que je venais de voir, et qui était composée de propriétaires et d'hommes à leur aise, était de prendre cet émissaire et de lui infliger une bonne correction.

— De grâce, dis-je, puisque vous n'avez pas d'esclaves a Boston, ni, je crois, dans cette partie du pays, pourquoi tout ce zèle contre ces braves femmes? Étant Anglais moi-même, je dois avouer que je prends quelque intérêt à mon malheureux compatriote que vos gens de Boston sont si impatients de pendre. Pourquoi vos hommes de lois et vos négociants jouent-ils le rôle du chien de la fable, — ne faisant rien euxmêmes pour abolir l'esclavage, et ne permettant pas même à ces femmes de prier le ciel de l'abolir?

— Comme étranger et comme Anglais, dit l'hôte, qui, bien que fort monté contre ces coupables femmes, n'était évidemment pas dépourvu de bons sentiments, ces choses peuvent vous paraître un peu bizarres, cependant permettez-moi un mot d'avis. Il me serait désagréable d'avoir un de mes hôtes arrêté comme émissaire anglais, et en butte aux interrogatoires et peut-être aux insultes d'hommes de la police volontaire; qu'il me suffise de dire qu'en ce moment le prix du coton est très-élevé, et que le commerce du Sud a une grande importance. New-York et Philadelphie ont donné l'exemple des émeutes contre les abolitionistes, et nous serions en danger de perdre toutes nos pratiques du Midi si nous ne suivions pas cet exemple. D'ailleurs, clans un meeting public tenu ici à Boston, nous venons de nommer un candidat pour la présidence ; et, si nous manquions de zèle pour les intérêts du Sud, comment pourrions nous espérer d'obtenir les votes du Sud?

Après ce spécimen de Boston, je ne voyais rien qui dût m'y retenir et je me hâtai de partir pour New -York. Ce ne fut pas sans une vive émotion que je me retrouvai dans le parc, à l'endroit même où le général Carter m'avait arrêté et réclamé comme esclave. La scène, avec tous ses incidents, me revint à la pensée, aussi fraîche qu'au moment de ma cap-

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