‹ L'esclave blancChapitre 140 sur 207 · CHAPITRE XXXVII. 2o · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVII. 2o

Je trouvai Washington dans la plus grande effervescence. Un malheureux botaniste qui recueillait des plantes dans le voisinage était, pour une raison ou pour une autre, soupçonné d'être abolitionistè. Sa personne, sa chambre et ses malles furenl fouillées. On I»1 trouva en possession d'un tas de journaux qui lui servaient à sécher, mettre en presse et conserver son herbier. Ces journaux, soigneusement examines, se trouvèrent contenir quelques articles, fortement entachés de sentiments abolitionistes. Aussitôt, le district entier de Colombie fut en émoi. L'infortuné botaniste avait été arrêté sur-le-champ comme prévenu d'avoir en sa possession une publication incendiaire. L'alarme avait fait de grands progrès; mais, lorsqu'on sut que cet incendiaire, qui avait voulu faire entrer les Heurs et les plantes dans une conspiration sanguinaire, était sous les verrous, et qu'on lui avait refusé sa liberté -mis caution, la cité de Washington, et surtout les représentants du Sud au congrès, recommencèrent à respirer librement, comme délivrés d'une mort imminente.

Cette effervescence, cet effroi que je voyais régner partout où j'allais, et qui , d'après tous les rapports, étaient répandus en ce moment sur toute la surface des États-Unis, me paraissaient inexplicables. Je doute fort que l'acte du timbre luimême ait causé la moitié autant d'émoi. Le sac même de Washington, par les Anglais, n'avait guère dû occasionner plus d'alarme que je n'en voyais dans cette cité et aux environs. Le fait d'une société formée par quelques femmes dans le but de prier pour l'abolition de l'esclavage, et d'une liasse de journaux abolitionistes introduits dans le district de Colombie, ne semblait pas suffisant pour motiver une si vive alarme. Et, même, la circonstance (prune miss Prudence Crandall avait ouvert, quelque part dans le Connecticut, une pension où elle admettait des enfants de couleur sur un pied d'égalité avec ses élèves blancs, ne paraissait pas une chose en soi si inquiétante, depuis que les gens les plus pieux et les plus distingués de son État et du voisinage. \ compris un

juge de la cour îles États-Unis, avaient saisi la première occasion de faire fermer sa pension et de l'expulser de la ville. On m'assura, effectivement, que ce n'était pas tout. Cette société de femmes de Boston, et cette pension du Connecticut, n'étaient que des faits secondaires. On me parla d'un grand complot forint; par les abolitionistes, et tendant aux plus effrayants résultats. 11 ne s'agissait de rien moins que de couper la gorge à tous les blancs du Sud. de commettre d'horribles outrages sur toutes les Manches, de ruiner le commerce du Nord, de détruire le Sud et de dissoudre l'Union. Il était admis, par quelques personnes plus charitables avec qui je causais, que peut-être les abolitionistes eux-mêmes n'avaient pas précisément en vue toutes ces choses ; mais ils demandaient l'abolition immédiate de l'esclavage, mesure qui ne pouvait aboutir qu'aux désastres et aux horreurs sus-mentionnés.

J'avais une grande curiosité de savoir quels pouvaient être ces formidables conspirateurs. Je n'étais pas sans connaître les affaires de l'Amérique; mais ces terribles abolitionistes, je n'en avais jamais entendu parler; il semblait même qu'ils fussent tout à coup sortis de dessous terre. En m'en informant, j'appris que depuis peu de temps il avait surgi, dans la Nouvelle-Angleterre et ailleurs, plusieurs sociétés, dont des délégués, au nombre de douze, s'étaient récemment réunis à New-York, où ils avaient formé une société nationale. Le principe fondamental de ces sociétés était que tenir defe hommes en servitude forcée était une injustice politique, un crime social et un péché religieux; que ceux qui s'en rendaient coupables ne pouvaient être ni -bons démocrates) ni bons citoyens, ni bons chrétiens; et que, nationalement et individuellement, il fallait se repentir et se désister sur-lechamp de cette injustice, de ce crime, de ce péché. Le nombre de ces fanatiques s'était accru rapidement. Plusieurs riches négociants, plusieurs ecclésiastiques zélés et éloquents, s'étaient joints à eux. Une bonne somme d'argent, pas moins ■le quarante à cinquante mille dollars, avait été souscrite et

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