CHAPITRE XXXVII
dépensée pour répandre cette révoltante croyance, tant au moyen d'agents el de missionnaires envoyés à cet effet, « j ■ i * * par la publication de journaux dont il \ avait déjà deux ou trois de consacrés à cette cause, et spécialement par l'impression de brochures qui exposaient l'injustice el la cruauté de l'esclavage, e1 avaient été envoyées par la poste dans toutes 1rs parties du pays, môme dans les Etats du Sud.
C'étaient ces brochures qui avaient jeté le Sud entier, planteurs, politiques, négociants, hommes de loi, ecclésiastiques, dans une terreur qui avait rencontré' tant de sympathie au Nord, qu'on y était prêt à fouler aux pieds, afin d'anéantir ees horribles novateurs, toutes les garanties de liberté estimées jusqu'ici comme sacrées. La liberté de la parole et de la presse ne pouvait plus se tolérer. Sur toute la surface des États-Unis, en ce qui concernait la question de l'esclavage, il fallait recourir aux émeutes pour h supprimer.
Une centaine d'hommes et de femmes, jusqu'alors obscurs et inconnus [»our la plupart, en tenant quelques meetings publics et en publiant quelques pamphlets, avaient mis tout le pays sens dessus dessous. Non, Jean-Baptiste, lorsqu'il prêcha que le royaume des deux allait venir, n'avait pas plus effrayé le roi Hérode, les scribes et les pharisiens, et maintenant, comme alors, le massacre des innocents semblait le meilleur moyen d'échapper à cette catastrophe.
De même qu'il est des gorges dans les montagnes où les mots prononcés le plus bas sont renvoyés par mille échos comme un tonnerre, ainsi il est des époques où les cœurs humains répondent de la même manière aux vérités le plus faiblement exprimées, et en attestent la force, tantôt par (\i^ acclamations et ^> applaudissements, tantôt par i\^ cris assourdissants d'indignation, de défi et d'épouvante, partis de la conscience.
23G L'ESCLAVE BLANG.