CHAPITRE XXXVIH
Arrivé à Richmond, pendant mon voyage dans le Sud, je trouvai cette ville dans L'alarme. Un comité de vigilance, étal)li pour la suppression dos publications incendiaires, s'était mis vigoureusement à l'œuvre, et, lorsque nous fîmes notre entrée dans la ville, nous vîmes dans la rue principale un grand feu de joie qui dévorait les derniers écrits condamnés. Un de ces livres était composé d'extraits de discours prononcés depuis quelques années dans la maison des délégués de la Virginie, et où les maux de l'esclavage étaient dépeints sous de fortes couleurs. Il était décidé qu'à l'avenir aucun écrit de ce genrene serait plus permis.
A Richmond, je me procurai un cheval et un domestique; — car, dans la Basse-Virginie, il n'y avait pas de moyens de transport public, — et je partis pour Spring-Meadow, le lieu de ma naissance. Il était difficile de répondre aux questions que l'on m'adressait, — tout étranger, toutvovageur, tout inconnu, réveillait le soupçon. — Je racontai donc qu'ayant voyagé' dans le pays, j'avais fait connaissance avec la famille de Spring- Meadow, dont j'étais en effet un parent éloigné. En approchant, je reconnus l'état d'abandon et de désolation qui caractérisent la Virginie, — je le trouvai même plus prononcé qu'autrefois. — Tandis que, me laissant aller à mes pensées, je cheminais lentement, je vis enfin quelque chose que je reconnus : c'était la boutique et l'habitation de M. Jemmy Gordon, située à six ou sept milles de Spring-Meadow, ;'i l'endroit où les routes se croisent. La soirée était belle et chaude. Un vieux monsieur était assoupi sur un banc rustique devant la porte ; je reconnus M. Jemmy lui-même. Je lui adressai la parole comme à M. Gordon ; il se leva, me fit les honneurs de sa maison, et m'offrit un verre d'eau-de-vie dépêche. Il m'avoua