‹ L'esclave blancChapitre 148 sur 207 · CHAPITRE XL. -iUo · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL. -iUo

ce président sermonneur ; et, avec l'assistance de mon homme de loi, '|ui semblait réellement s'intéressera ma sûreté, j'écbappai au rassemblement de la rue, qui paraissait disposé à me refaire non procès, et je me procurai bien vite une \oi-

tmv pour sortir tir la \ ille et attendre le passage de la Dialle poste «lu Great-Southern, mon ami l'homme de loi me promettant de veiller à ce que mou bagage y fût mis à Richmond. Après avoir roule tout seul deux ou trois jours dans cette voiture, je parvins à un petit village, ayant palais de justice, prison, et taverne, où était le bureau de poste. Ce village était le point le plus rapproché sur la route entre Carleton-Hall et Poplar-Grove, où je comptais me rendre. Lorsque arriva la \oiture, qui n'était guère qu'une sorte de chariot, il y avait devant la porte de la taverne une vingtaine de ces fainéants qu'un rencontre communément dans ces sortes d'endroits, plusieurs avec les coudes percés, et la moitié évidemment gris. Ils discutaient, en gesticulant avec véhémence, ce qui avait l'air d'être partout où j'allais le seul sujet de discussion, l'atroce complot de ces buveurs de sang, les abolitionistes. Un d'eux tenait en main une petite brochure, qui lui avait été adressée par la poste, et intitulée Droits de l'homme, dont la vue semblait faire sur lui et sur ses compagnons l'effet de la morsure d'un chien enragé; car ils écuinaient tous plus ou moins, et tous paraissaient avoir une extrême envrê, sinon de mordre, au moins de pendre quelqu'un. L'homme à la brochure était, à ce qu'on me dit, candidat au congrès dans ce district. Il semblait croire que l'envoi de cette brochure sur les droits de l'homme avait pour but de le perdre dans l'esprit du peuple, que c'était une machination de son concurrent, qui avait un frère établi à New-York; mais l'opinion dominante paraissait être que la brochure avait été envoyée de bonne foi, que c'était une espèce de bombe bourrée de sédition et de meurtre qui pouvait éclater à tout instant; et, quoique plusieurs eussent le dé-sir de la garder comme une preuve palpable de la réalité de la conspiration, la majorité était

d'avis qu'il serait plus prudent de la brûler sans retard, En conséquence, au milieu des jurements, des imprécations et des vœux qu'une ou deux douzaines d'abolitionistes pussent partager son sort, elle fut solennellement déposée sur le l'eu de la cuisine. Cette exécution faite, nos gens, guidés par l'aspirant au congrès, assiégèrent la voiture, et insistèrent pour rouiller les sacs de la poste dans l'espoir d'y découvrir d'antres pamphlets semblables; et le conducteur ne put proléger le dépôt qu'il avait sous sa garde qu'en affirmant positivement que les sacs du Nord avaient déjà été fouillés de fond en comble et purgés à Richmond. J'avais pris soin de me mettre dans les bonnes grâces de ce conducteur, qui était un garçon très-fin, un Yankee du Maine, et qui dit tant de bien de moi à l'hôte, qu'avec un peu de prudente dissimulation je pus me préserver de toute nouvelle tracasserie. L'hospitalité que je racontais avoir reçue à Carleton-IIall et à Poplar* Grove. lors du premier voyage, une vingtaine d'années auparavant, me servit d'excuse pour désirer de visiter ces plantations, et pour m'informer de leurs anciens et actuels habitants. Quant aux premiers, j'en appris peu de chose. M. Carleton avait usé de la ressource si commune de l'émigration au sud-ouest. Les Montgomery étaient partis, disaiton. pour Charlestown; mais personne ne savait rien de plus sur leur compte. Les deux plantations appartenaient maintenant à unM.Mason,un original qui certainement seraitchariné de me voir.

Je dormis cette nuit à la taverne ou plutôt j'essayai de dormir; mais, troublé comme je Tétais par le bourdonnement des moustiques, les aboiements des chiens, et. ce qui était infiniment plus désagréable, le bruit des moulins à bras avec lesquels les esclaves de rétablissement étaient occupés toute la nuit à préparer leur ration de farine du lendemain, ce fut avec peu de succès. A peine élais-jc assoupi, «pie ce bruit trop eonnu se mêlait à mes rêves, et je commençais à m'imaginer que c'était moi-même qui ('tais occupé à moudre.

ffllAPlTRE \L 267

Le matin, m'étanl levé fatigué, je partis à cheval pour Carle ton-Hall. M'élant annoncé comme l'ancien hôte du précédent propriétaire, je reçus an accueil très-cordial, selon l'usage hospitalier du Sud, <>ù les planteurs ont trop de loisir pour oe pas être avides de compagnie. M. Mason était un homme distingué de manières, bien élevé et plein de sens. Dans le cours de la semaine <ju»' je passai chez lui, il m'apprit que son père, homme d'une grande énergie, après avoir rempli pendant plusieurs années les humbles fonctions de contremaître, était devenu l'acquéreur de Carleton-Hall et de Poplar-Grove, quand ces deux plantations étaient sorties des mains de leurs anciens propriétaires. Sachant lui-même à peine écrire, il avait été (Fautant plus désireux de donner de l'éducation à son lils, qu'il avait envoyé dans un collège du Nonl. et qu'il avait ensuite fait voyager on Europe. Bien différent d'un grand nombre de jeunes gens <lu Sud, qu'on envoie faire leur éducation au Nord, le jeune Mason avait fait un bon usage <\r< facilités qui lui étaient offertes; et il était revenu, il \ avait quatre ou cinq ans, juste à temps pour prendre, en vertu du testament de son père mourant, possession des liions ot aussi la tutelle de deux jeunes sœurs, de charmantes petites lilles. ses cohéritières des plantations et des esclaves.

La plantation de Carleton-Hall, au lieu d'être épuisée et sur le point d'être abandonnée, connue tant d'autres dans ce voisinage, était, à ce que je vis. dans un bien meilleur état de culture que lorsque je l'avais connue jadis. Les bâtiments étaient soigneusement entretenus, et les maisons des nègres étaient si Lien groupées, et avaient si bonne mine, avec leurs petits jardins, qu'au lieu d'être d'un aspect désagréable, connue c'est le cas d'ordinaire, elles embellissaient réellement le paysage.

Dissimules comme le Sont les esclaves, il est bien difficile de pénétrer leurs véritables sentiments. Cependant on ne pouvait se méprendre sur la franchise de l'accueil que faisaient à

M. Mason hommes et femmes, jeunes et vieux. Il fallait voir surtout avec quelles joyeuses acclamations les enfants do la plantation s'assemblaient autour de lui ! Nous allâmes les voira leur école, comme il la nommait, où ils se réunissaient tous les jouis, — non pas pour rien apprendre, mais pour éviter do mal faire, — sous la surveillance d'une vénérable vieille à cheveux blancs, courbée en deux par l'âge, qu'ils appelaient mère-grand; et c'était plaisir de les voir, depuis les marmots de trois à quatre mois, aux bras de petites bonnes tout juste assez grandes pour les porter, jusqu'aux enfants de douze à quatorze ans, tous proprement vêtus, — chose que je n'avais jamais vue sur une plantation, — les grands ayant à leur disposition un vaste terrain près de l'école, où ils se livraient à mille jeux et espiègleries. La seule ebose que mère-grand se chargeât d'enseigner, c'étaient les bonnes manières, sujet sur lequel ses leçons, au moins en présence des visites, étaient continuelles et passablement amusantes. Ce titre de mèregrand- n'était pas ici purement nominal, à ce que me dit M. Mason. Elle (Hait effectivement grand'mère, aïeule ou bisaïeule , de presque tous les enfants qui l'entouraient. M. Mason lui-même la nommait tante Dolly et lui parlait aussi affectueusement que si elle eût été sa propre grand'mère, — traitement auquel elle avait bien droit de sa part, disait-il, car elle était la source de la fortune de sa famille. Le premier argent gagné par son père, une cinquantaine d'années auparavant, lui avait servi à acbeter tante Dolly, alors jeune mère de trois ou quatre enfants. Elle en avait ensuite eu d'autres, douze en tout, et rien que des filles. Ses filles n'avaient guère été moins fécondes que leur mère, et c'est de cette souebe qu'était sortie toute cette population de Carleton- Hall, ainsi que celle de Poplar-Grove. Le fait est que son père, qui était un homme scrupuleux, n'avait jamais vendu un esclave de sa vie, et n'en avait jamais acheté d'autres que tante Dolly, qui l'avait demandé, et un nombre suffisant d'hommes de bonne mine pour servir de maris à ses esclaves femelles.

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