‹ L'esclave blancChapitre 149 sur 207 · CHAPITRE XL 2G · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL 2G

Le système de régie en vigueur sur la plantation de M. Mason, établi en partie par son père; mais amélioré par lui, était tout à fait différent il»' tout ce que j'avais vu ailleurs, si ce n'est, à certains égards, chez le major Thornton, ;'i qui j'avais moi-même appartenu jadis. M. Mason, comme le major, n'avait pas d'autre contre-maître que lui-même, quoiqu'il eût -mis lui deux aides, un pour ctiacune de ses plantations, hommes d'intelligence, d'éducation et pleins d'humanité, mais qu'il avait beaucoup de peineà trouver et à former. Tout allait avec la régularité d'une horloge. Los rations d'aliments et d'habits étaient généreuses, et les tâches modérées. Le fouet n'était employé que dans de très-rares occasions, et cola plutôt comme punition dos délits que les esclaves commettaient les uns contre les autres que pour ceux commis contre le maître: car. disait M. Mason: «Je suis non-seulement héraut de la plantation, mais juge et magistrat chargé de régler toutes nos discussions intérieures, et, parle fait, a parler franchement, l'esclave le plus accablé de besogne de tout l'établissement. Combien supposez-vous qu'il y ait de planteurs dans la Caroline du .Nord qui voulussent accepter ma propriété à condition de la gérer comme je fais1?» Le grand stimulant employé pour faire travailler les esclaves était l'émulation. Ils étaient divisés en huit ou dix classes, selon leur capacité ou leur aptitude au travail, les individus étant promus ou dégradés suivant leur mérite, et chaque classe, en raison de la somme de travail qu'elle faisait, étant distinguée par certains privilèges et marques d'honneur. La plus basse classe de toutes était appelée la classe (\es paresseux, et on avait grande horreur d'y tomber, à l'exception de (\ii\\x ou trois fainéants qui n'en sortaient jamais, et qui étaient éternellement en hutte aux traits d'esprit de la plantation. A la lin de chaque moisson, il se donnait un grand bal costumé, où la préséance était réglée sur le mérite. Les meilleurs avaient le choix des costumes, qui n'étaient pas, du reste, excessivement \ariés, allant du général Washington avec son

épée et son chapeau à trois cornes, an vieux maître Mason, le père do mon hôte, jusqu'à ce que, dans ces derniers temps, le général Jackson, depuis sa nomination comme président, vînt leur faire concurrence ; et, comme M. Mason leur accordait une petite indemnité pour ce qu'on faisait en sus de la tache régulière^ l'idée de pouvoir acheter de quoi figurer avec plus d'avantage à ce liai était un grand stimulant, surtout pour les femmes. Quelques-uns des esclaves étaient d'excellents mimes. Ils singeaient tous les médecins, ministres et contre-maîtres dvs environs, et, eh somme, disait M. Mason. ils jouaient souvent mieux que Lien (}r> acteurs qu'il avait vu applaudir sur les théâtres de New- York et de Londres. Quant à l'idée de les faire jouer, il l'avait empruntée à un planteur des Indes occidentales, avec qui il avait fait connaissance en Angleterre.

Page 1