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CHAPITRE VI

L'insolence! prétexte commode, toujours dans la bouche de nos tyrans !

Quand un pauvre esclave a été fouetté injustement, il reste toujours la ressource d'arguer de son insolence, el cette accusation légitime aux veux du maître toutes les vexations el toutes les brutalités. Le moindre mot, un simple regard, la moindre action qui puissent donner à penser que l'esclave a la conscience de l'injustice qui lui est faite, sont qualifiés d'insolence et châtiésavec la [tins implacable sévérité.

C'était, en vingt-quatre heures, la seconde fois que je recevais le fouet, et je n'en trouvai pas la seconde dose beaucoup [dus agréable que la première. Parmi les hommes libres, un coup est regardé comme le plus grand des outrages, et l'esclave ressent cette impression, si bas que l'ait placé son oppresseur. En outre, m étrange que cela puisse paraître, une lanière il»1 peau nouée que manie une main solide inflige une assez grande douleur, surtout quand chaque coup amène le

sang.

,1c venais de faire une expérience que l'esclave ne tarde pas à acquérir, à savoir qu'il n'a pas même le droit de se plaindre, et «pie le seul moyen qu'il ait d'éviter la récidive d'une injustice, c'est de la subir en silence. Je lis de mon mieux pour me plier à cette dure leçon et me munir d'un peu de l'humilité hypocrite si nécessaire aux gens de ma misérable condition.

L'humilité, qu'elle soit réelle ou affectée (on s'en inquiète peu), est. aux yeux du maître, la plus méritoire vertu de l'esclave; par humilité, il entend une disposition à se soumettre sans plaintes ni résistance aux plus indignes traitements; il s'agil de répondre aux accusations les plus injurieuses et les plus injustes avec une voix douce et un visage souriant, de recevoir les coups comme autant de faveurs, de baiser le pied qui vous foule.

Cette sorte d'humilité était une vertu dont, je dois l'avouer, la nature m'avait modérément doué, et je ni1 trouvais pas, à

cO L'ESCLAVE BLANC.

beaucoup près, aussi facile qu'il l'eût fallu, de me défaire de tous les sentiments d'un homme. Il ne s'agissait de rien moins, en effet, que de renoncer à l'humain privilège, don du Créateur, de me tenir droit et de porter la tête haute, pour apprendre à ramper comme le vil reptile. L'apprentissage était difficile, mais les contre-maîtres américains sont d'excellents précepteurs, et, si je mis du temps à me former, ce ne fut pas la faille de M. Stuhhs.

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