CHAPITRE XLII. 27Ô
de réduire ces blancs eux-mêmes en esclavage; mais je doute qu'il) en ait d'assez courageux pour jamais proposer une tell»; énormité. Le système de l'esclavage ayant rendu le travail dégradant aux yeux des blancs pauvres, vous concevez combien il doit leur être difficile de se procurer assez d'argenl pour commencer un état. Et néanmoins, malgré les obstacles et les empêchements sans nombre qui existent, ils sont encore la vraie pépinière des planteurs et des propriétaires. Mais vous ne sauriez croire jusqu'où est tombée celte classe de blancs à cause de l'esclavage. — Peut-on s'étonner, après tout cela, que nous soyons si inférieurs aux Etats du Nord pour tout ce qui est industrie, intelligence, richesse et dignité? Je le répète, le grand mal de l'esclavage, sons parler du mal en luimême, est encore, selon moi, dans le tort qu'il fait à la population Manche, en lui ôtant tout moyen de devenir uni' classe industrieuse, civilisée et riche, et dans l'impossibilité où il met les noirs de former peu à peu. en s'incorporant dans la masse de la population, un élément jeune, vigoureux et apte à la renouveler. •
Et, s'il s'agissait d'entrer dans le détail, je pourrais vous citer bien des esclaves dont l'intelligence est certes plus forte que la mienne unie à celle de mes deux contre-maîtres. Oh ! s'il n'y avait que les hommes complètement dénués de moyens intellectuels qui fussent esclaves, passe encore, mais c'est loin d'être le cas.
— Et si par hasard vous ou moi étions nés esclaves, monsieur Ma son, lui demandai-je, car j'en ai vu d'aussi blancs que nous, croyez-vous que nous nous serions résignés à notre sort ?
— Oui. me répondit-il, mais comme on se ré-signe à rester dans une poêle à frire plutôt que de se jeter dans le l'eu.