‹ L'esclave blancChapitre 154 sur 207 · CHAPITRE XLII. -J7T · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLII. -J7T

on est pleinement libre d'exprimer son opinion sur l'esclavage qui existe eq Amérique. Les seules questions dont la discussion soit interdite sont celles relatives à la politique intérieure de ces pays. De môme ici vous pouvez attaquer, autant qu'il vous plaira, le papisme et le despotisme russe ; mais, de grâce, prenez garde à ce que vous diriez sur l'esclavage. Dans un salon où je ne connaîtrais ]>;is tout le monde, je ne croirais pas prudenl de dire ce que je dis ici. îe suis même déjà fort mal noté. Une lettre imprimée de moi à un de mes amis, en faveur de notre projet de colonisation, et où je cite Washington, Jefferson, Patrick-Henry et autres patriotes distingués, a été saisie l'autre jour, à Richmond, au moment de paraître, par le comité de cette ville, et elle a été condamnée à être brûlée comme publication incendiaire.

— En vérité! lui dis-je; alors cette infortunée lettre faisait probablement partie du feu de joie qui a éclairé mon entrée à Richmond.

Et je lui racontai mes aventures dans cette ville.

— Non content de brûler ma lettre,,reprit le digne ecclésiastique, si ce n'était pas plutôt Washington et Jefferson qu'on désirait brûler, le comité de Richmond m'a désigné au comité de notre comté comme un homme suspect sur lequel il fallait avoir l'œil : et ces bons messieurs, outre la fermeture de mon école, se sont chargés de me diriger dans la lecture de mes journaux. Depuis quelques mois, je recevais par la poste un journal imprimé à New-York, et intitulé l1 Emancipaient' . C'est, je crois, le principal organe de la nouvelle société d'abolitionistes établie dans cette ville. On nie l'envoyait gratuitement et je le lisais avec beaucoup d'intérêt, voulant découvrir le but où tendaient ses rédacteurs. Mais, mes bons amis, ou plutôt, mes maîtres du comité de vigilance, on trouvé cette lecture trop dangereuse, et ils me l'ont interdite. Voilà le degré de liberté qui existe en ce moment dans la Caroline du Nord !

Ces mots, en dépit de la sérénité ordinaire de M. Telfair,

lurent prononcés avec, indignation et même avec une certaine

amertume.

— Je voudrais bien savoir, messieurs, dis-jc, quelle est, après tout, la différence entre des colonisationistes tels que notre digne ami, monsieur Telfair, et les abolitionistes du Nord dont il semble croire l'intervention si funeste à la cause de l'émancipation? N'avcz-vous pas le même ennemi et le même but?

— La différence est palpable, repartit M. Telfair, quoique votre question n'ait rien qui m'étonne ; car je vois qu'on est de plus en plus dispose à nous confondre. La différence, la voici : nous autres, colonisationistes, nous admettons que les maux de l'esclavage sont très-grands, et que l'intérêt de la population blanche et noire exige qu'on y remédie au plus vite; mais nous ne croyons pas que deux races aussi distinctes [missent jamais vivre ensemble sur un pied d'égalité. Tant que les noirs seront parmi nous, il faut qu'ils soient nos esclaves ou que nous soyons les leurs. Vous me direz que c'est là un préjugé. Qu'importe, si ce préjugé est invincible? Notre système de colonisation en tient compte. En émancipant les esclaves, nous les éloignons du pays. Les abolitionistes. au contraire, ne s'occupent pas des conséquences;' il faut, disent-ils, faire son devoir, et laisser le reste à Dieu. Cela est fort aisé à dire: mais, sans incriminer leurs intentions, je ne puis m'empècber de blâmer leur conduite. Vous pouvez juger, par ma propre expérience, de la fausse position dans laquelle ils ont mis tous les propriétaires du Sud qui veulent du bien aux nègres. Le seul résultat sera, j'en ai peur, de resserrer les ebaines des esclaves, de paralyser tous les efforts qu'on a faits pour leur amélioration intellectuelle et morale, et d'entraver notre plan de colonisation, qui est le seul re-» mède que le Sud semble un peu tolérer.

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