‹ L'esclave blancChapitre 155 sur 207 · CHAPITRE \LIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE \LIII

RI. Telfair, lorsqu'on le mettait sur ce sujet, avait l'habiliide de faire de longs discours, qu'il débitai! d'une haleine. M. Mason ne Pava il pas interrompu une seule fois, Lorsque nous fûmes seuls, je lui demandai son opinion, car il était membre de la Société de colonisation dont M. Telfair était président.

Il regardait, me dit-il, ces sociétés comme très-avantageuses pour conserver et tenir en éveil les sentiments qui commençaient à naître dans le Midi, et pour faire connaître au public tous les maux de l'esclavage. Elles avaient, en effet, produit ces sociétés abolitionistes qui faisaient déjà tant de bruit ; d'abord les partisans les plus actifs de l'abolition axaient chaudement encouragé le système de colonisation, mais ils ne tardèrent pas à s'apercevoir qu'il n'y avait aucun profit à transporter au delà de l'Océan deux ou trois millions d'hommes dans une contrée sauvage et inculte, où il y a déjà plus de bras qu'il n'en faut pour l'ouvrage, tandis qu'ils pouvaient être très-utiles en Amérique. Comme les esclaves doivent être émancipés avant d'être colonisés , ils virent qu'il valait mieux les rendre libres sur place que de les transporter à grands frais ailleurs et de priver, par là. les États du Sud de leur travail. Ces idées, jointes à la conviction de tous les vices de l'esclavage, ont fait naître les sociétés abolitionistes.

Elles ont pour but de guérir le mal en donnant d'abord au malade une juste idée de son état; et, sous ce rapport, elles ont déjà commencé à avoir de lions résultats. Mais, depuis que les abolitionistes du Nord ont poussé les choses trop lniii en déclarant que tous les hommes sont créés libres et naissent avec de certains droits inaliénables, la pauvre

déesse de la liberté américaine elle-même est en quelque sorte menacée; et je ne parle pas de la liberté des noirs, ■ — ils n'en ont jamais eu aucune, — mais de notre liberté à nous, blancs et maîtres.

Le prétendu danger des insurrections d'esclaves a servi de prétexte pour supprimer toute liberté de pensée, de parole et d'écrit portant atteinte au système de l'esclavage. Ces insurrections d'esclaves n'effrayent réellement que les dupes des fripons qui en parlent beaucoup, mais savent parfaitement que ce ne sont pas les esclaves qui s'insurgent, mais la conscience des bonnêtes gens. Et c'est là ce qu'ils voudraient empêcher.

Le Washington-Telegraph , cet ami de l'esclavage, ne cesse de publier que ceux qui parlent en faveur de la libellé des noirs et disent que la servitude est un crime sont les vrais ennemis de nos droits et de notre liberté. Le Columbia-Tclescope, un journal qui paraît dans la Caroline du Sud, va plus loin et demande qu'il soit défendu, sous les peines les plus sévères, de parler des dangers imaginaires d'un système qui a de si profondes racines et qui doit durer toujours.

Les continuels sopbismes que débitent les défenseurs d'un système odieux et criminel ne laissent pas que, de produire un déplorable effet en faussant l'opinion et en faisant croire, même à ceux qui sont doués de sentiments généreux, que l'émancipation ferait plus de mal que l'esclavage lui-même. Je ne parle pas de ceux qui croient que ce dernier état est un bien, non-seulement pour le maître qui, libre de tout emploi servile, défend dignement les libertés publiques, mais encore pour le nègre lui-même, qui jouit d'une vie commode sans soucis et sans soins. Tout cela est du roman à l'usage de ceux qui vivent d'abus. C'est fâcheux, sans doute; mais, heureusement, la lutte est commencée, — ce sont les hommes , du Nord qui l'ont engagée en faisant un appel à la conscience de ceux du Midi.

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