‹ L'esclave blancChapitre 161 sur 207 · CHAPITRE XLV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLV

Comme j'approchais de Loosahachee, j'aperçus, à quelque distance, sur la route, un groupe d'hommes à cheval que je gagnai de vitesse facilement, car ils marchaient à petits pas. Lorsque je fus près d'eux, je fus frappé de leur apparence trèssingulière : ils étaient douze ou quinze hommes blancs de ligure rébarbative, très-inégalement montés, porteurs de carabines, de pistolets et de coutelas, et ayant leurs habits souillés de boue à moitié sèche, comme s'ils fussent revenus de quelque expédition aquatique. Un nègre, qui suivait à pied, et aux côtés duquel chevauchait un homme blanc armé jusqu'aux dents qui ne le quittait pas des yeux, tenait en laisse quatre ou cinq de ces chiens féroces que je reconnus aisément pour être de la race employée à poursuivre les esclaves fugitifs. Mais, ce qui m'impressionna le plus dans tout le cortège, ce fut la vue du cadavre d'un homme blanc, dont les traits pâles étaient encore empreints d'une expression de rage brutale qui contrastait étrangement avec la rigidité de la mort. Boueux et déchirés comme à la suite de quelque récente lutte, les habits du cadavre étaient couverts d'un sang qui semblait couler encore (Lune profonde blessure à la poitrine. Le corps était assujetti sur la croupe d\in cheval conduit par un nègre dont la lace lourde et stupide, sur laquelle je crus voir briller pourtant comme un éclair de satisfaction comprimée, formait, ainsi que celle du noir qui conduisait les chiens, une opposition marquée aux regards furieux, menaçants et indignés des hommes blancs qui composaient en majeure partie le détachement.

Côte à côte du mort, chevauchait un prisonnier noir blessé et ensanglanté, dont les pieds étaient attachés sous le ventre du cheval el les mains liées derrière le dos. C'était un homme

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