CHAPITRE XLV
après avoir tué l'intendant dans une querelle à propos de coups ilf fouel donnés à sa femme : cinq nu six incendies des beaux et dispendieux moulins de riz de Loosahachee, survenus dans les \ i 1 1 lc t dernières années, étaient attribués généralement à la malice et à l'humeur audacieusement vindicative de ce terrible nègre Tom.
On avait très-souvent tenté de grands efforts pour s'emparer de ce dangereux vagabond, et des plans fort ingénieux avaient eu pour objet la capture de ce redoutable marron; mais tous avaient échoué, ou n'avaient eu d'autre résultat que de faire blesser nombre * 1 * * ^rn>. (l'une façon désespérée, dans les combats où ils l'avaient rencontré comme adversaire. Il paraissait avoir plusieurs cachettes disséminées sur une très-grande ('■tendue de pays, et où, fuyant de Tune à l'autre, selon le cas, il déjouait toutes les poursuites. Quelquefois, après avoir été serré de très-près, il disparaissait pour plusieurs mois, ou même pour un an ou deux; puis il faisait sa rentrée au moment où on ne l'attendait plus, et le désirait moins encore. S'il s'était borné aux petites déprédations nécessaires pour soutenir lui et sa bande, la chose n'eût pas eu grande importance; mais il entretenait des rapports secrets avec presque toutes les plantations du voisinage; mais il passait en outre pour l'instigateur général de tous les actes de pillage ou de rébellion commis dans le pays, le soutien et le complice des nègres marrons, le receleur universel des fugitifs.
Ce Tom Sauvage avait été vu, peu de temps auparavant, rodant dans le voisinage, et Ton pensait que la dernière évasion en masse n'avait pas eu lieu sans son active assistance. On jugea beaucoup plus facile de le surprendre au milieu d'une douzaine ou d'une vingtaine de ses ignorantes recrues que seul ou suivi seulement, selon son habitude, à ce qu'on supposait — car les bruits qui circulaient sur lui étaient fort contradictoires — de deux ou trois compagnons résolus et éprouvés. Pour ma nouvelle connaissance, le planteur de qui je tenais tous e<s renseignements (auxquels, par parenthèse, je
pronais le plus vif intérêt depuis In mention du nom de ce Sauvage Tom), la reprise de ses eselaves était presque une question de vie ou de mort, pécuniairement parlant, car, s'il ne parvenait pas à remettre la main sur eux, c'en était fait de sa récolte, à un moment où le coton, valant déjà seize sous la livre, promettait de monter encore. Il n'y avait pas de travailleurs libres à louer dans cette partie du pays : quant à se procurer des esclaves à la journée, il n'y fallait pas songer non plus, chacun étant alors occupé à lutter de tous ses moyens contre les végétations parasites, et ayant (Fautant plus besoin de redoubler d'efforts que le moment de Tannée était justement celui où chaque plantation perdait un certain nombre d'incorrigibles vauriens, habitués à se donner, coûte que coûte, et au prix des plus terribles châtiments, la douceur d'aller passer une saison d'été dans les bois, au beau milieu île la récolte. Us ne faisaient en ceci qu'imiter la plupart de leurs maîtres, qui, la cbaleur et la saison des maladies venues, avaient coutu-me de quitter leurs plantations, en vrais marrons, et d'aller faire les millionnaires et les nababs à Saratoga', à Philadelphie ou à New-York, au grand étonnement des Yankees éblouis, bien que sûrs en retour de pâtir au logis tout le reste de l'année, en proie aux visites de créanciers importuns, aux assignations, aux saisies, comme leurs malheureux esclaves l'étaient, pour prix de leur vagabondage, à la prison et au fouet. Dans sa détresse, ma nouvelle connaissance avait offert, pour le recouvrement de ses esclaves, une large récompense à laquelle se joignait le prix depuis longtemps promis pour la prise de Tom Sauvage, indépendamment d'autres primes annoncées par beaucoup de planteurs du voisinage, car les évasions, cette année, avaient été fort nombreuses, eu égard à la rareté du grain et à la plus grande proportion de coton que l'on avait plantée en vue des hauts prix de cette matière. On avait, en conséquence, résolu une grande battue pour laquelle s'étaient réunis près de cent hommes, planteurs, intendants, désœuvrés, blancs pauvres, outre quatre