‹ L'esclave blancChapitre 164 sur 207 · CHAPITRE XLV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLV

qu cinq chasseurs d'esclaves de profession 61 plusieurs meutes; le tout, armé jusqu'aux dents et décidé à explorer à fond les différents marais du voisinage où les fugitifs avaient coutume de se cacher le jour, sortant la nuit de leur retraite pour venir faire leurs provisions de moutons et autres aux dépens des habitations voisines, •'( communiquer avec les femmes, enfants ou compagnons, qu'ils avaient laissés en arrière. La présente saison était três-faVorçable pour cette chassa, une sécheresse peu ordinaire, en desséchant ces marais sur nue considérable étendue, en ayant rendu les abords bien plus faciles que de coutume.

La société entière s'était répartie en cinq ou six détachements, pourvus chacun d'une meute de chiens, et dont faisait partie l'homme que je venais de rencontrer. Quel avait été le succès des quatre ou cinq autres? Ma nouvelle connaissance l'ignorait. Quant à celui-ci, il m'était facile de juger approximativement, et du premier coup d'œil, de la fortune assez diverse qui avait payé ses efforts.

(»n lui avait donné pour tâche d'explorer un marais d'assez peu d'étendue, mais peu accessihle à cause de la grande profondeur d'eau et de houe que l'on y rencontrait (à passer quelquefois par-dessus la tète d'un homme), et au centre duquel était une petite île de terre ferme que Tom Sauvage, dit-on, avait élue pour sa cachette favorite; car nul au monde mieux que lui n'en connaissait les entours et les approches.

A un demi-mille du marais, les chiens avaient dépisté le moins noir des deux prisonniers, caché dans de hautes herbes où il pensait qu'il ne serait point aperçu. Les hommes, se trouvant tout près, empêchèrent les chiens de le mettre en pièces, et on le prit sans lui faire mal. La boue qui couvrait ses jambes et l'humidité de ses vêtements en lambeaux indiquaient assez qu'il avait tout récemment quitté l'île marécageuse, objet des perquisitions delà bande. Presséde questions à ce sujet, il feignit d'ignorer complètement l'existence, soit du marécage, soit de l'île. Interrogé' sur le lieu d'où il venait.

comme sur le maître auquel il appartenait, il se reconnut fugitif d'une plantation de riz voisine et prétendit avoir erré en dernier lieu dans ces environs qiril ne connaissait pas, dit-il, assurant qu'il mourait de faim et n'avait pas mangé depuis près d'une semaine, assertion que démentait sa florissante apparence. Il avoua bien qu'il connaissait de réputation Tom Sauvage, dont le nom était populaire et figurait dans toutes les légendes' Manches ou noires de la province, mais nia absolument l'avoir jamais vu ou savoir quoi que ce fut de ce vagabond redouté.

Ces protestations ne furent pas jugées satisfaisantes, et, pour tirer de lui l'aveu qu'il refusait, on l'attacha et on le fouetta jusqu'à ce qu'il s'évanouît sous les coups; mais, tout en demandant merci, il persévéra dans son dire, continuant de déclarer qu'il ne savait rien de plus.

Ce moyen ayant échoué, on le plaça sur le tronc d'un arbre renversé; on lui assujettit autour du cou une corde dont on attacha l'autre bout à une branche placée au-dessus de sa tète, et on le menaça de le pendre à l'instant s'il ne déclarait pas ce qu'il savait. 11 continuait à nier obstinément lorsque quelqu'un de la compagnie le jeta en bas du tronc et le laissa s'étrangler, jusqu'à en avoir le visage noir. On le replaça alors sur le tronc d'arbre, on relâcha la corde, et deux ou trois esclaves noirs, compris dans le détachement, eurent ordre de le soutenir. Lorsqu'il revint à lui enfin, soit terreur de la mort, soit effet de la confusion d'idées et de la perte du libre arbitre, déterminés par l'afflux du sang au cerveau, il se décida à parler et confessa, sans trop d'instances, qu'il venait de l'île du marais, et que Tom Sauvage y était; mais il nia avoir aucune connaissance d'autres fugitifs, ni que Tom en eut aucun avec lui.

L'espoir de s'emparer de ce célèbre vagabond, la gloire à retirer de cette capture, le service éminent à rendre ainsi au public — sans parler de la récompense de mille dollars — enflammèrenl la compagnie; mais, bien que le prisonnier, ques-

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