‹ L'esclave blancChapitre 170 sur 207 · CHAPITRE XLVH · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLVH

Arrivée Charlesto\vn,que j'atteignis sans aucuneautre aventure digne de mention, je me présentai chez les négociants pour qui j'avais des lettres de crédit; je trouvai là un autre étranger qu'à sa tournure et à son langage je reconnus pour un capitaine de navire marchand: il s'exprimait avec une grande véhémence, paraissant se plaindre de quelque injure.

Je compris qu'il était du port de Boston, de l'État du Massacliussetts, à destination de la Havane, et. que, pris en roule par une violente tempête, il avait été contraint de relâcher à Uiarlestown. Sur huit hommes d'équipage, il en avait cinq de couleur, outre le cuisinier, tous natifs du Massachussets, n es

Lt».

.-m cap Coi], ol aussi bons malins que quiconque ail jamais arpenté le pont d'un navire.

Ces hommes de couleur, et c'est ce dont se plaignait trèsvivement le capitaine, avaient été enlevés de son bord et conduits à la prison «le la ville, et il désirait savoir dos négociants de Charlestown auxquels j'avais affaire, et qui paraissaient être les correspondants de ses armateurs, quelle réparation il pouvait obtenir d'un procédé aussi contraire à ses intérêts qu'injurieux à son équipage.

— Il vient justement d'arriver à Charlestown, dit le nègocianl avec un sourire d'intelligence adressé à son associé et un regard malveillant lancé au capitaine, un commissaire du Massachusselis. envoyé par le gouverneur de cet État, en vertu d'une résolution «le la magistrature, pour couler à fond celle question d'emprisonnement des marins hommes de couleur; il est logé à tel hôtel, ajouta le négociant en nommant justement l'auberge où je venais de descendre, si toutefois il y est encore, car les maîtres d'hôtels viennent d'être invités à ne pas lui donner asile. Dépêchez-vous si vous voulez le trouver; cYsi l'homme qu'il vous faut, et votre affaire est la sienne. Voyez donc avec lui ce que les lois des Etats-Unis et l'Etat du Hassacliiissetts peuvent faire pour vous.

Ces paroles furent prononcées avec une intention ironique qui ne m'échappa pas; mais l'honnête capitaine prit l'invitation en bonne part, et sortit pour se mettre immédiatement en quête du commissaire en question.

Après avoir réglé mon affaire et assuré le payement ^\r> traites qui auraient pour objet l'éducation de mon jeune protégé delà Caroline du Nord, je me hasardai à demander si l'arrestation dont se plaignait le capitaine était réellement légale.

— Certainement! me répondit-on; tous les nègres et hommes de couleur arrivant ici par voie de mer sont conduits en prison pour y être gardés jusqu'à ce que le navire reparte, et on leur rend alors la liberté moyennant payement de leur nourriture, A\'> droits d'éerou et de prison.

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