‹ L'esclave blancChapitre 171 sur 207 · CHAPITRE XLVIl · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLVIl

— Et s'ils ne peuvent pas payer? demandai-je.

— Le capitaine pave pour eux, car il ;i Ix'soin de ses hommes.

— Mais s'il refuse de payer"!

Dans ce cas-là, on \ end les hommes ù I encan pour se cou-

\ rir des frais.

— Vous vendez, m'écriai-je, les hommes que la tempête force à se réfugier dans vos ports, et vous les emprisonnez uniquement pour n'être pas blancs!

IjC ton d'indignation dont je prononçai ces paroles impressionna quelque peu le négociant de Charlestown, dont une leur,-,• rougeur colora les joues. Il s'efforça de justifier cette loi sur le grand danger d'insurrection <|iii pourrait être la conséquence de l'entrée en libre pratique des hommes libres de couleur du Nord ou de n'importe où, et de leur mise en contact avec une population esclave beaucoup plus nombreuse que la élusse libre, comme c'était le cas à Charlestown et dans le voisinage de la \ ille.

— Mais quel est. lui dis-je, ce commissaire du Massa cl i ussetts à qui vous venez de renvoyer le capitaine?

— ■ Oh ! rien , dit le marchand avec un sourire dédaigneux : les armateurs de Boston, las d'avoir à payer des frais de prison, se sont pris tout à coup d'une grande tendresse pour les noirs. — Voulez-vous (''mouvoir les gens de Boston? prenez-les ,i la poche! — Et ils ont envoyé ici ce commissaire pour faire vider judiciairement la question. Ils prétendent que la Caroline du Sud n'a pas le droit d'emprisonner, en vertu d'une loi propre, les hommes libres du Massachussetts non inculpés de crimes, et uniquement à cause de leur couleur et de la prévention défavorable qui s'\ attache en tous lieux.

Et quand la question sera-t-elle jugée? lui demandai- je. -Jugée! lit le marchand en roulant de gros yeux; vous figurez-vous, par hasard, que nous la laisserons juger?

— lu pourquoi pas'.' lui répondis-je; comment pouvezvous l'empêcher !

H \ a di\ ;i palier Contre un. replii|iia-1-i|. que ROUS

perdrions nuire cause. La loi dont il s'agit a déjà été déclarée inconstitutionnelle |>ar un des juges des États-Unis, et, qui plus est, originaire de la Caroline du Sud ; mais, constitutionnelle ou non, elle nous paraît nécessaire, et les nègres, ainsi que les marchands yankees, doivent, bon gré, mal gré, s'y plier. Le commissaire du Massachussetts a déjà été averti d'avoir à se tenir sur ses gardes, et tous les maîtres d'hôtel sont prévenus que, s'ils le logent, c'est à leurs risques et périls. Nous ne tolérerons jamais à Charlestown aucun de ces conspirateurs ou espions abolition ist es. Si le vieux gentleman, en vrai Yankee, n'avait pas eu la ruse d'amener avec lui sa fille, qui lui sert de paratonnerre, on l'aurait déjà jeté à la porte de la ville, avec un confortable habit de goudron emplumé de la tète aux pieds. Il ne trouvera pas ici un légiste qui veuille suivre son affaire. Beaucoup de nos négociants sont du Nord; j'en suis moi-même, continua mon interlocuteur, mais nous sommes tous de la Caroline dans l'âme; il faut bien que nous soyions tels si nous voulons vivre ici, et, pour ma part, je ne serai pas le dernier à payer de ma personne dans cette affaire et à jeter le commissaire hors de la ville, s'il refuse de la quitter de bonne grâce. C'est une affaire déjà réglée en meeting public, nous n'entendons pas qu'il passe ici une autre nuit.

— Et que supposez-vous, lui dTs-je, que pensent les négociants de Boston et l'Etat de Massachussetts de cette façon sommaire de congédier leurs envoyés et de vider les procédures ?

— Oh ! mon Dieu, pour ce qui est des marchands, ils feront probablement comme les nègres bien dressés de la Caroline, qui oient leur chapeau quand on châtie leur insolence et grimacent un «merci, maître! » avec un salut bien bas. Les marchands yankees et les nègres sont ('gaiement faits aux coups; c'est ce qui leur convient le mieux. Quant au Massachussetts, tant (pie la direction de cet Etat sera sous l'influence mercantile, il ne bougera pas, Il empochera l'injure le plus

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tranquillement du monde. Que deviendraient Boston et le Massachussetts sans le commerce du Sud? Les Yankees, « 1 1 1 1 vivent des miettes de notre table, n 'ont pas besoin de faire tant les scrupuleux sur la Façon dont elles leur viennent ; et, puisque nous leur permettons de les ramasser, il> auraient nonne grâce vraiment à se plaindre d'y trouver un peu de poussière!

Mon marchand de la Caroline avait, comme on le voit, une idée assez mince de la population du Massachussetts ; mais, m me rappelant ce que j'avais moi-même vu et entendu à Boston peu de semaines auparavant, je ne pus m'empècher de reconnaître la justesse de ce calcul basé sur la cupidité et la servilité mercantile.

Kn retournant à mon hôtel, je vis une grande foule dans les rues. Une voiture était à la porte de l'hôtel, et je vis paraître un vieux gentleman, de haute taille, au bras duquel s'appuyait une jeune daine, et qu'accompagnaient très-cérémonieusement une demi-douzaine de gentlemen en gants blancs, commissaires chargés par le comité de vigilance, à ce que j'appris, d'escorter hors des murs de la ville l'envoyé du Massachussetts. Le vieux commissaire et sa lille montèrent en voiture,''et le cocher fouetta, au milieu des huées, <\c> rires sardoniques, di'> cris d'indignation de la multitude. Autant que je l'ai pu savoir, ce fut la dernière tentative du Massachussetts en faveur de ses marins emprisonnés.

On m'assura que les marins anglais eux-mêmes subissent quelquefois celte avanie. S'il en est ainsi, l'Angleterre ne le souffrira pas longtemps. 11 serait curieux que l'intervertir n de la Grande-Bretagne fût nécessaire pour affranchir les marchands et matelots du Nord des vexations des gens du Sud. La Grande-Bretagne ne saurait réparer plus noblement les torts qu'elle eut autrefois envers les États-Unis en soumettant a la j) rcssc les matelots américains.

lu L'ESCLAVE BLANC.

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