CHAPITRE XLVUl
En quittant Charlestown, ce fut vers Augusta que je dirigeai mon voyage. C'était jusqu'à cette ville que j'avais pu suivre, dans les précédentes recherches dont j'ai parlé, les traces de nia femme et de mon enfant. Ces traces remontaient à vingt années. Tous deux avaient été conduits dans cette ville, à cette lointaine époque, faisant partie l'un et l'autre d'un convoi d'esclaves destiné au marché du Sud-Est. Ce ne fui pas sans un pénible sentiment que je pensai qu'une fois rendu à Augusta, je manquerais de tout indice propre à me diriger dans mes recherches.
Je partis de Charlestown et pris la voiture d' Augusta longtemps avant le jour. Quand il parut, je vis que nous étions quatre voyageurs, moi compris. Nous gardâmes d'abord le silence, chacun tâchant de sommeiller dans un coin ou examinant à la dérobée ses trois compagnons de route, comme pour pressentir le caractère de chacun avant de risquer une avance; au déjeuner, nous devînmes plus communicatifs; à dîner, nous ('tiens au mieux.
Deux des voyageurs étaient des gens du Nord : l'un, éditeur d'un journal de New-York, l'autre commissionnaire de Boston, employé aux achats de cotons des maisons de commerce mi Ai^ manufactures de cette ville. Le troisième voyageur était un homme de physionomie très-remarquable, d'une figure intelligente, d'un œil pénétrant, -d'un sourire charmant, de manières douces et attrayantes, chez qui tout, en un mot, annonçait un homme rompu à la pratique de la lionne société.
Les deux autres le prirent pour un riche planteur; et, quant à lui. sans rien (Tiré pour confirmer ou démentir cette supposition, il reçut d'un air de gracieuse condescendance l'espèce de cour que l'un et l'autre lui faisaient.
\près avoir effleuré beaucoup de sujets, la conversation,