‹ L'esclave blancChapitre 173 sur 207 · CHAPITRE XLV11I. SU · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLV11I. SU

comme il arrive souvenl en Amérique, finit par se fixer sur l< terrain de la politique, el roula particulièrement sur la nomination, dernièrement faite, d'un président et d'un viceppésidenl par une convention du parti démocratique ou Jackson, assemblé à- Baltimore. M. Van-Buren, le candidal de cette convention à la présidence, fut violemment attaqué par les deux hommes du Nord, à raison de ce que, dans une convention [tour la révision de la loi particulière de l'État de New- York, il s'était prononcé pour le vote des noirs. La nomination de M. Richard M. Johnson, comme vice-président, lut encore plus amèrement critiquée. C'était un démocrate beaucoup trop avancé pour l'Etat de Virginie, d'où était partie l;i pluvive opposition à ce choix. Il n'était point non plug assez respectable pour mes deux compagnons de route; ses habitudes • '! ses goûts étaient vulgaires, et ils eussent de beaucoup pi féréla nomination d'un certain M. Rives à celle de M. R. M. Johnson.

Je demandai en qUoi consistait Spécialement cette vulgarité de M. Johnson, et l'on nie répondit qu'il avait chez lui bon nombre de femmes blanches et quarteronnes, et qu'il était l«père de toute une famille d'ettfants" métis.

A la grande surprise des deux hommes du Nord, le planteur, ou celui que l'on supposait tel. releva le gant en faveur du candidat incriminé, et. entre autres choses, fort bonnes et fort justes qu'il dit à ce sujet, je remarquai la suivante:

— M. Johnson, dit-il. ne l'ait que suivre l'exemple dfes patriarches et se conformer à la Bible: Ce n'est pas son goût puni' le- femmes noires, ni sa nombreuse famille d'enfants de couleur qui constituent, aux yeux de ces messieurs, son vrai crime, (le qu'on lui reproche, c'est d'avoir reconnu et traité fit bon père tous ses enfants de sang mêle. Il a notamment élevé ses filles et les a fait instruire dans sa propre maison. Il a même tenté de les produire dans la bonne société. L'esprit aristocratique i\*'< femmes du Kentuckj . — les femmes unis le savez, sont aristocrates nées, — ne lui a pas permis de réussir

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in ceci: mais il ;i donne à ses filles «les maris blancs, et leurs enfants, aux tenues de la loi du Kentucky, seront légalement assimilés aux blancs, dont ils posséderont tons les droits et privilèges. C'est là le scandale qu'on ne peut pardonner à M. Johnson; Si, au lieu d'aimer ses filles, de les bien marier, (rassurer à leurs enfants la citoyenneté de leur État natal, il les eût tranquillement envoyé vendre à la Nouvelle-Orléans, pour devenir les concubines de ceux qui les achèteraient;, on n'aurait jamais rien objecté, ni du Nord ni du Sud, contre sa vice-présidence.

— Mais, répliqua, après maints autres propo's, le journaliste de New-York, en votre double qualité d'homme du Sud et de propriétaire d'esclaves, pouvez-vous soutenir que ce pied d'égalité entre les blancs et les noirs ne soit pas dangereux pour les institutions du pays?

— Non pas si dangereux à moitié, répondit vivement le prétendu planteur, que de confondre avec la masse des esclaves les enfants nés de pères libres et qui ont hérité de leurs pères un esprit très-peu compatible avec la servitude. Croyez- Nous qu'il soit bien convenable d'avoir parmi nos esclaves les descendants d'hommes, par exemple, comme Thomas Jelferson?

— Comme Thomas Jefferson ! Vous plaisantez? dit le Newyorkais.

— Je ne plaisante pas du tout, et je vous assure que j'ai \ u vendre à l'encan une très-belle et très-décente mulâtresse. blanche au moins aux trois quarts, qui prétendait être la petitefille du fameux ex-président, et dont je vous jure que l'air et la ressemblance avec le célèbre homme d'Etat justifiaient pleinement le dire. Elle fut vendue cent dollars ou à peu près au-dessus de sa valeur intrinsèque, attendu son origine illustre, dit facélieusement l'acheteur.

Les deux hommes du Nord prétendirent que la chose ('tait impossible, et que cette fable avait été imaginée pour animer l'enchère,

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