CHAPITRE XLIX
La voiture s'arrêta pour l'heure du dîner à une malpropre et piteuse taverne, tenue par des esclaves, et dont le maître était comme une sorte d'hôte étranger sous son propre toit. Le serviteur on chef de rétablissement, beau mulâtre au parler doux, mais misérablement vêtu, sembla, j'ignore pourquoi, peut-être à eause de ma politesse envers lui, me prendre ou goût particulier. Après le dîner, il m'appela; et, me tirant à part, me demanda si je connaissais le monsieur assis en face de moi à table. Celui qu'il me désignait n'était autre que le prétendu planteur, l'ancien commis, teneur de livres et associé (\o la maison Mac-Grab et Gouge.
— Je ne le connais pas, dis- je au mulâtre; je l'ai eu seulement pour compagnon de voyage depuis Cliarlestown, et je serais bien aise de savoir son nom.
— Quant à son nom, dit le majordome du lieu, je serais fort embarrassé de vous le dire. Il a une quantité de noms chaque fois qu'il passe ici; il est rare qu'il porte le même. Défiez-vous do lui, maître; c'est un joueur de profession. Je mois en préviens, afin que vous no soyez point sa dupe.
Ce renseignement m' étant donné tout à fait bénévolement, je dus le présumer sincère. Bien qu'ayant différé le matin, en matière de politique et de momie, de nos deux autres compagnons, le soi-disant planteur sut, le soir, s'insinuer dans leur confiance avec une grâce et une habileté que j'admirai. Notre voiture s'étant arrêtée pour la nuit à une autre taverne, encore plus sale et moins confortable que la précédente, si toutefois la chose était possible, il proposa négligemment après ouper une partie pour tuer le temps. Nos deux compagnons acceptèrent assez volontiers; deux ou trois planteurs du voisinage, qui se trouvaient là. se joignirent à eux, et l'on com-