‹ L'esclave blancChapitre 188 sur 207 · CHAPITRE LUI · texte numérisé non relu

CHAPITRE LUI

empressement me demander comment j'étais ici et quel .iv;iit été le résultat de ma tournée vers le Mississipi .

J'ai craint, me dit-il à demi-voix, en lisanl dans les

journaux le récit de ces pendaisons de Vicksburg, de vous avoir l'ait une méchante affaire. Je suis bien aise de voir que vous savez, vous tirer d'embarras, ('/est que dans le Sud-Ouest, voyez-vous, il est bon d'avoir bec et ongles.

— .le vous trouve à propos, lui dis-je; votre aide peut m'ôire précieuse. Je viens de la voir! Elle est là!

Là? lit-il. En vérité! El où cela? Elle est en vente?

L'avez-vous achetée 1

Je lui montrai Cassy mêlée aux autres femmes et qui, les yeux baissés, semblait absorbée dans une douloureuse pensée. Colter avait de grandes prétentions à la mémoire et n'oubliait jamais, dit-il, une physionomie qu'il avait vue une fois; mais ma mémoire, en pareil cas, valait encore mieux (pie la sienne. Néanmoins, après avoir envisagé quelques instants celle que je lui désignais, il convint que je pouvais bien avoir raison; mais, pour s'en assurer, tandis que je me retirais un peu à l'écart, il s'approcha de la prisonnière, l'appela par son nom. lui parla d'Àugusta et de l'entrepôt d'esclaves, et acquit, dans un court entretien, la. certitude qu'elle était bien la même personne dont la vente l'avait brouillée avec Gouge, et, par conséquent, la Cassy que j'avais si longtemps pie urée.

Colter lui demanda comment elle se trouvait là et si elle était mise en vente. Elle lui répondit qu'on l'avait amenée là, en effet, dans cette intention; mais qu'elle était libre et que l'on n'avait pas le droit de la vendre. Son dernier propriétaire, un M. Curtis, lui avait, dit-elle, donné dc> lettres d'affranchissement il j avait bien des années; mais il était mort, et certaines personnes, se prétendant ses héritiers, la faisaient mettre a l'encan.

Colter promit de s'enquérir du litige et de l'aider à sortir d'embarras, ce dont elle lui témoigna la plus grande re-

connaissance, en lui disant qu'elle avait eu toujours le pressentiment que le ciel viendrait à son secours par une voie ou par une autre.

Il vint me rendre aussitôt compte de la situation des choses, et tandis que lui et moi délibérions sur le meilleur parti à prendre, le côtnmissaire-priseur, ayant fini la vente des esclaves hommes, entonna colle du groupe féminin dont nia Cass\ faisait partie.

La première mise en étalage était une belle négresse, bien faite, proprement vêtue, à l'air réjoui, portant un beau mouchoir de couleur enroulé en turban autour de la tête. Quoique très-jeune encore, elle tenait dans ses bras et caressait avec amour un bel enfant de sept ou huit mois, richement habillé, et beaucoup moins foncé de teint que sa mère.

— Jemimaî cria le commissaire- priseur; femme de chambre de premier choix — levez un peu la tète, ma chère, afin que ces messieurs vous voient — élevée dans Tune des premières familles de Virginie; bonne couturière, continua-t-il, d'après une liste qu'il avait sous les yeux, contenant les noms et signalement de chaque article; quinze ans d'âge; garantie bien portante et saine sous tous les rapports!

— Vendez-vous la mère et reniant en un seul lot? demanda Un particulier louche, maigre de corps, aux traits anguleux, à l'air dur.

• — Vous savez que la loi défend d'en agir autrement, dit le Commissaire-priseur en lui faisant un signe, et que qui achète la fille a le droit de prendre l'enfant avec, aux conditions ordinaires, c'est-à-dire à un dollar la livre, ce qui est le prix partout* Vous savez cela comme moi, vieux scélérat, car ce n'est pas d'aujourd'hui que vous faites le métier*

Ceci lit rire l'auditoire aux dépens du questionneur, qui, t\n reste, prit bien la chose. et le coniiiiissaire-priseur lui ayant, sur sa demande, fait signe que reniant serait vendu séparément si l'acheteur de la mère ne le prenait pas, l'opération continua.

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