‹ L'esclave blancChapitre 190 sur 207 · CHAPITRE LUI · texte numérisé non relu

CHAPITRE LUI

de lire sur son papier, ménagère parfaite, digne de toute confiance, garantie membre de l'église des méthodistes, — je ne puis pas dire, messieurs, qu'elle soit de la première jeunesse ; mais vous remarquerez qu'elle esi admirablemem conservée. Elle présente ce type de beauté anglaise — ne riez |ia>. messieurs, elle est presque blanche, — elle appartient, dis-je, à ce type recherché que les Anglais définissent : « blondes, grasses et quarante ans d'âge, o — Montez. Cassy, ma GUe, el montrez

Nous un peu !

Que ne souffris-je pas à ce moment cruel! mais le sangfroid était encore nécessaire : je dominai mon émotion.

Détachée du groupe de femmes où je l'avais aperçue, Cassj avait été amenée près de la plate-forme; mais, au lieu d'y monter, comme elle en était requise, elle se tint tout contre, et. d'une voix douce, mais ferme et accentuée, qu'après vingt ans d'absence je reconnus trop bien à la secousse qu'elle imprima à tout mon être, s'écria :

— Non! je suis libre! De quel droit voulez-vous me vendre/ Cette exclamation produisit une certaine sensation dans

l'auditoire; j'y remarquai plus d'un visage sympathique à la revendication de Cassj , et le commissaire fut assailli de nombreuses demandes d'explications.

— Rien n'est [dus fréquent que le cas en question, messieurs, dit- il. rien n'est plus fréquent. La femme se croit libre ; elle l'a même été dans ces dernières années. — mais par pure tolérance et générosité du maître qu'elle avait. Il est mort : ses héritiers ont pris possession d'elle et la mettent en vente Voilà toute l'affaire. Allons, montez, Cassy; le cas est malheureux, mais je n'y puis rien. Qui veut miser, messieurs?

— Un instant, dit Colter, s'avançant vers le commissaire; pas tout à fait si vite en besogne, monsieur! Je me* présente ici comme ami de cette femme , et vous déclare qu'elle est libre. Faites-y bien attention, messieurs; en Tachetant, vous .uhèterez un procès.

Le ton péremptoiiv de ces paroles jeta comme une eau

froide sur l'enchère. Personne ne fit J'offre; et le commissaire, pour se disculper d'avoir essayé de vendre une femme libre, crut devoir entrer dans quelques explications.

Cette femme, dit-il, avait appartenu en dernier lieu à M. James Curtis, très-digne citoyen, récemment décédé, et bien connu de la plupart des personnes présentes. M. Curtis avait traité Cassy en femme libre depuis un assez grand nombre d'années, et sans doute ce gentleman (voulant parler de Colter) était fondé à la croire telle; mais le fait était qu'elle n'avait pas<T acte d'émancipation régulier. M. James Curtis étant venu à mourir subitement ab intestat, son frère, M. Agrippa Curtis, de la maison bien connue Curtis, Sawin , Byrne et C"\ (le Boston, lui avait succédé dans tous ses biens, et, jugeant inattaquables ses droits à la propriété de cette femme, l'avait envoyée à lui, commissaire, pour qu'il la vendit. — Au surplus voici le propriétaire lui-même, dit-il, avec son homme d'affaires de Boston; nul doute qu'ils ne vous édifient, messieurs, sur la légalité du titre.

Deux individus, en effet, entrèrent en ce moment dans la salle de vente. L'un d'eux était un tout petit homme, dont la tète, percée de deux petits yeux inquiets, pouvait bien avoir la grosseur de celle d'un chat angora, et dont la bouche contractée et tortillée rappelait assez bien celle dudit animal. quand, venant de boire de la crème en contrebande et attendant le châtiment de son méfait, il se pourléche encore les babines de ce fruit défendu, d'autant plus délicieux qu'il est celui du larcin. Ce nain, comme je l'appris bientôt après, était M. Thomas Littlebody, esquire de Boston, homme de loi et conseil légal de M. Agrippa Curtis ou Grip Curtis, comme on appelait familièrement ce dernier. Le principal intéressé dans cette affaire était un homme d'une quarantaine d'années, à la tète chauve et aux traits stupidement impassibles, où il était fort difficile de lire un sentiment ou une pensée quelconque, et dont on eût eu de la peine à déduire un jugement ^ur le caractère de l'homme. On pouvait toutefois pré-

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