CHAPITRE LIV
La nouvelle maîtresse entre les mains de qui, grâce à l'humanité de Colter. Cassj était passée du magasin d'esclaves des respectables et pieux gentlemen Gouge et Mac-Grab, était l'épouse nouvellement conjointe de M Thomas, planteur de coton du liississipi.
546 L'ESCLAVE BLANG.
Née dans une petite ferme du New-Htampshire, de parents assez pauvres, miss Jemima Devenu, parvenue déjà à an âge
assez mûr pour une fille à marier, avait l'ait la conquête de M. Thomas, qui était veuf et aurait pu être son père, et qu'elle avflril eu l'occasion de voir dans une pension fashionablc où elle était sous-maîtresse, et où le planteur de coton avait placé deux filles de sa première femme.
Épouser un planteur du Sud. même vieux, laid el bête comme Tétait M. Thomas, c'est le rêve de toutes les filles de la Nouvelle-Angleterre. Madame Thomas se forgeait donc un avenir de félicité et de luxe; mais son désappointement fut grand lorsque, arrivée à Mont-Plat (c'était le nom burlesque qu'avait décerné le planteur à son habitation, pour ne point rester en arrière de tous les monts plaisants et autres dont il était environné), elle ne trouva, au lieu de la villa espérée, <pi une bicoque délabrée et dépourvue de tout ce qui rend la vie agréable. Pour comble de malheur, elle eut affaire tout d'abord à deux esclaves-maîtresses, tante Emma et tante Dinah, qu'elle trouva en possession. Tune des ciels et de L'administration générale de la maison, et l'autre de la suprême autorité de la cuisine, lesquelles, sYtant emparées du pouvoir à la mort de la première madame Thomas et l'ayant conservé depuis, se montrèrent fort peu disposées à céder leurs prérogatives, « elles, négresses de qualité, comme elles disaient, élevées dans les premières familles de Virginie, » à une Yankee, à une fille de rien, qu'elles méprisaient profondément depuis qu'elles savaient que M. Thomas t'avait épousée sans fortune.
A force d'obsessions et de luttes, la nouvelle madame Thomas parvint à faire éloigner tante Emma, qui fut louée chez un hahilant du voisinage; mais il fallut désespérer de remporter complètement sur tante Dinah, qui faisait de certains [dais auxquels M. Thomas ne se sentait pas le courage de renoncer. Ce furent donc quotidiennement des collisions ou, comme Ton dit vulgairement, des prises de becs, entre le cordon bleu fa-