CHAPITRE LIV
vori et la maîtresse, qui finit par prendre le parti de ne plus rien prendre pour sa nourriture qu'apprêté des mains de Cass) . car elle en »;t;iit venue au poim de craindre d'être empoisonnée par faîtière tante Dinah.
Ces dissensions intestines, l'ennui, le manque de société, minaienl rapidement la pauvre madame Thomas, qui n'eut d'autre consolatrice, ni d'autre compagnie dans sa détresse, que Cassy, qu'elle avait |>ri><' en très-vive affection, et à qui • die apprit toutes sortes d'ouvrages d'aiguille, et même un peu de piano, qu'elle ne savait guère, »'t où bientôt l'élève fut plus habile que le maître.
Les choses <'ii étaient là et duraient ainsi depuis trois uu quatre ans quand une ûèvre bilieuse', emportant madame Thomas, soumit ma pauvre Cassj à de nom elles vicissitudes. On n'avait plus besoin d'elle à Mont-Plat, et, espérant rentrer dans la grosse somme qu'il avait payée pour elle à Augusla. M. Thomas l'envoya vendre, elle et son lils, à la Nouvelle- Orléans.
Elle eut pour acheteur un M. Curtis, originaire de Boston. galant homme, mais qui. resté garçon, avait adopté les mœurs habituelles des aventuriers de ta Nouvelle-Orléans, où il s'était établi, et s'était donné pour compagne une belle fille de couleur dont il avait eu un enfant du sexe féminin, et de trois ou quatre ans moins âgé que notre lils Montgomen .
Etant venu à perdre cette jeune esclave, il avait, après l'avoir pleurée beaucoup, désiré combler le vide qu'elle laissait dans sa maison, et c'était dans cette intention qu'il avait acheté Cassy, dont la beauté l'avait frappé.
Il ne tarda point à lui l'aire comprendre quelle nature de rapports il désirait établir entre elle et lui: mais, à sa grande surprise, Cassy repoussa ses avances avec douceur, mais avec une fermeté inébranlable. Il voulut connaître la cause de ce refus si étonnant de la part d'une esclave vis-à-vis de son maître; Cass\ alors lui raconta l'histoire i\c notre mariage. M. Curtis, sincèrement et délicatement épris d'elle, la conjura
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tic ne pas sacrifier sa jeunesse et sa beauté à l'éventualité tout à fait chimérique d'une reunion impossible; il lui offrit de lui donner la liberté, à elle ainsi qu'à son enfant, si elle l'agréait; et, comme elle était méthodiste, il alla même jusqu'à
lui offrir de faire consacrer leur union par un ministre de cette église, qu'il l'engagea à consulter sur le cas de conscience qui la tenait incertaine.
Les métbodistes tiennent le mariage entre esclaves, lorsqu'il est célébré par un de leurs ministres, aussi valable aux yeux de Dieu, aussi obligatoire pour les parties, que les unions entre personnes libres; car les esclaves, selon l'idée métbodiste, ont des âmes et peuvent être sauvés aussi bien que les blancs. Néanmoins et malgré le fameux texte: « L'homme ne séparera point ce que Dieu a uni, » ils ont été forcés, dans les États à esclaves, de plier devant la suprématie de l'homme, et d'admettre que les conjoints, séparés l'un de l'autre, soit par la volonté du maître, soit par une opération de commerce, peuvent valablement se rem;irier,.méme sachant leur premier époux encore vivant. Ils s'excusent de cet excès de tolérance en le représentant comme nécessaire; car, disent-ils, ces gens-là, ayant peu de goût pour le célibat, formeront inévitablement de nouvelles unions qu'il convient de sanctionner, puisqu'on ne les peut empêcher. C'est juste le même ordre d'argumentation dont ils se prévalent pour expliquer comme quoi ils laissent vendre leurs frères en religion: les pieux affiliés, disent-ils, les vendront, que nous y consentions ou non. C'est un raisonnement qui, dans les deux espèces, tient plus de compte de la majorité que de la rectitude des principes, et participe plus de la ruse du serpent que de l'innocence' de la colombe. Mais c'est un point de casuistique trop ardu pour mes faibles lumières, et sur lequel j'éviterai, par conséquent, d'émettre une opinion arrêtée.
Le ministre méthodiste que Cassy consulta à cette occasion l'engagea fortement à accepter les offres de M. Curtis. lui assurant qu'elle pouvait, — sur toutes les circonstances de