‹ L'esclave blancChapitre 199 sur 207 · CHAPITRE LV. 5S · texte numérisé non relu

CHAPITRE LV. 5S

■ait, comme on dit, le bon bout, et, à ce propos, notre conseiller nous dil qu'il le connaissait dès longtemps pour un doucereux drôle, plein de canf, Yankee sur toutes les matières de religion, de justice et de devoir, mais, par le fait, ru* connaissant de droit ni de justice que ce qui pouvait tourner à son avantage personnel.

Il s'agissait donc d'empocher à tout prix Montgomery de touiller dans la même embûche. Une fois pris, il éprouverait les plus grandes difficultés à faire constater et sanctionner ses droits à la qualité d'homme libre. Car le Code noir, d'après encore un autre extrait que nous lut le jurisconsulte, d^p.)^ que les hommes de couleur, même libres, ne doivent pas se croire égaux aux blancs, mais qu'au contraire ils doivent en toute occasion leur céder, ne leur parler, ne leur répondre qu'avec respect, sous peine d'emprisonnement proportionné à la gravité de l'offense.

Le mieux que nous pussions établir ('tait que Montgomer\ était homme de couleur libre. En Virginie et en Kentucky, le quatrième descendant d'un noir, moyennant que tous les autres descendants ont é'té blancs, est censé blanc lui-même, et le sang africain est éteint, aux veux de la loi. Mais, dans beaucoup d'autres États, et en Louisiane notamment, la teinte africaine est un indélébile stigmate. La plus imperceptible goutte de sang- noir, même noyée dans des Ilots du meilleur sang- blanc du pays, suffit à réduire un homme à la condition abjecte de ces gens de couleur qui, aux termes du Code noir, « doivent en tout céder aux blancs. » Si Ton voulait mettre la main sur Montgomery, il se défendrait à coup sur, et. s'il usait des procédés qu'il avait déjà employés dans State-Street à l'encontre de Grip Curtis, réussît-il à établir ses droits à la liberté, il ne s'en serait pas moins mis sur les bras une grave- »t très-compromettante affaire;

Le premier point était donc de l'empêcher de tomber dans les mains de Grip Curtis. Quant à Eliza. si nous parvenions à la tirer des griffes de Cilniore. nous serions ensuite en beau-

coup meilleure position pour plaider ses droits à la condition de femme lihre.

Montgomery, fort heureusement, avait écrit à sa mère à son départ de New-York, et lui avait mandé, entre autres choses, h4 nom du bateau à vapeur sur lequel il prenait passage. Nous eûmes la bonne chance de trouver cette lettre à la poste, au sortir de chez notre jurisconsulte.

Colter immédiatement envoya un bateau en amont de la rivière, pour porter à Montgomery un mot de la main de sa mère. La traversée du paquebot de New-York avait été d'une vitesse remarquable. Le bateau de Colter rencontra le steamboal à quelques milles de la ville. Montgomery. en recevant la note, selon l'invitation qu'elle contenait, passa immédiatement du bord du paquebot sur celui de l'embarcation, qui le déposa à terre; et le même soir il arrivait à une petite maison retirée des faubourgs, où notre ami avait retenu un logement pour Cassy et pour moi.

Il (»tait temps! Grip Curtis avait envoyé à New -York un espion pour surveiller tous les mouvements de mon fils, et, sachant parquel paquebot il arrivait, très-peu de temps après la descente de Montgomery, il s'y était présenté, ayant avec lui main-forte, pour se saisir de lui. comme Gilmore avait l'ait de la malheureuse Eliza.

Mon fils, je te revois enfin! Je te revois sauvé de la rapacité et de la haine du misérable qui préparait ton supplice et te réclamait comme sien. Toi que j'avais laissé enfant à la mamelle, je te retrouve jeune homme, plein de force, de grâce et d'une virile beauté !

Non, rien ne peut se comparer à l'ivresse avec laquelle je serrai mon fils dans mes bras! Mais, pour ce pauvre jeune cœur, combien la joie de notre réunion fût troublée ! S'il avait retrouvé un père, il tremblait maintenant pour la .compagne de ses premiers ans, pour sa bien-aimée, pour celle qu'il regardait déjà comme sa femme! Ce ne fut pas sans peine que nous l'empêchâmes de courir immédiatement chez. Gilmore

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