‹ L'esclave blancChapitre 25 sur 207 · CHAPITRE IX. jy · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX. jy

faire adopter à Gass} un déguisement, mais quel serait-Hl Là était la question embarrassante.

Nous dous décidâmes, à la lin. à prendre la qualité de personnes voyageant dans Le Nord pour leurs affaires, et nous convînmes que Cass} . habillée en homme, passerait pour mon Jeune frère. Une excellente garde-robe, dernier présent de mon pauvre maître James, devait merveilleusement nous aider à jouer notre rôle de voyageurs virginiens; mais je n'avais ni chapeau, ni souliers, ni aucun autre vêtement qui put convenir à Cassj .

Heureusement, j'avais par devers moi une petite somme provenant des libéralités accumulées de maître James, et que j'avais toujours conservée, dans l'idée qu'elle me serait utile un jour. Cette somme, que j'avais eu le soin d'emporter, devenait maintenant notre seule ressource, et devait, non-seulement pourvoir à nos dépenses de voyage, mais nous procurer les moyens de fuir.

Mais cet argent, comment nous en servir sans courir le considérable risque d'être découverts?

A cette époque vivait, à cinq ou six milles de Spring-Meadow, et à peu prés à la même distance de notre refuge, un M. James Gordon, qui tenait une petite boutique, et, pour principaux clients, avait les esclaves des plantations voisines. M. James Gordon, ou Jenimy Gordon, comme on l'appelait familièrement, était un de ces pauvres blancs dont le nombre est, ou du moins était alors considérable en Basse-Virginie, cl dont les esclaves eux-mêmes ne parlaient qu'avec une sorte de mépris. Il n'avait ni terre, ni domestique; son-père, aussi misérable que lui, ne lui avait rien laissé. Il ne pouvait avoir non plus d'état, dans un pays où chaque propriétaire a le nombre de bras nécessaire pour sa culture. 11 n'y a pas de place là pour le travail libre. Le seul moyen de vivre, pour un bomme dans la position de James Gordon, (Hait de trouver une place de surveillant cbez un de ses riebes voisins. Mais, en Virginie, il y a plus d'aspirants au poste d'inspecteur que

de propriétés à inspecter ; et, de plus, M. Gordon était une de ces sortes d'hommes insouciants, indolents, faciles à vivre, que généralement Ton désigne sous le nom de propres à rien. Il n'aurait jamais pu s'assujettir à cette surveillance incessante et minutieuse, si nécessaire au milieu d'esclaves dontla devise est de travailler le moins possible et de voler le plus qu'ils peuvent. Pour ce qui est de se mettre en colère et de distribuer les coups à tort et à travers, il en était capable comme un autre, mais non de cette sévérité foncière, de cette cruauté systématique qui valent seules aux surveillants le renom de bons régisseurs. De plus, dans une certaine plantation qu'il avait dirigée, on avait constaté des déficits de blé dont l'origine n'avait jamais pu être éclaircie. Que ce fût malhonnêteté ou simplement négligence de sa part, toujours est-il qu'il avait perdu son emploi, et que, désespérant d'en trouver un autre après quelques vains efforts, il s'était résolu à devenir commerçant. Comme il n'avait pas le premier sou, on peut croire que le négoce fut très-mince : il consistait principalement en whisky, article auquel il joignait des souliers et quelques-uns de ces effets d'habillement que les esclaves sont dans l'habitude d'ajouter, à leurs frais, au misérable vêtement qui leur est fourni par le maître. Il recevait de l'argent en payement, mais aussi du grain et d'autres produits, sans s' enquérir beaucoup de la façon dont ses pratiques se les étaient procurés.

C'est contre cette espèce d'hommes que les législateurs de Virginie ont déployé un grand luxe de lois pénales; ils ont sévi avec toute la rigueur possible à rencontre de gens qui pouvaient réclamer le titre et demander les droits de « libres citoyens blancs. » Mais toutes ces lois draconiennes n'ont point atteint leur but. Le commerce avec les esclaves est dangereux; ceux qui le font sont extrêmement misérables. Néanmoins, le nombre en est assez grand pour fournir aux planteurs un inépuisable thème de déclamation et de plainte, et aux esclaves eux-mêmes ces petites douceurs qu'ils atten-

Page 1