‹ L'esclave blancChapitre 42 sur 207 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

abandonné ei affamé que j'avais \ u tant de fois ;'i leurs pareils. Leurs figures joyeuses et leurs jeux bruyants excluaient toute idée de souffrance chez ces jeunes êtres. Je remarquais aussi que les esclaves venant des champs étaient fort bien vêtus. Je ne leur ris point ces casaques fripées, déguenillées, souillées, rapiécées, qui sont censées couvrir leurs semblables sur les autres habitations.

Le major Thornton n'était pas ce qu'on nomme un planleur; il ne cultivait pas le tabac et se donnait à lui-même la qualification de fermier. Sa principale récolte était le froment, et il était grand partisan de la culture du trèfle, qu'il avait entreprise et qui lui avait réussi à merveille. Il possédait trente ou quarante travailleurs; y compris les enfants et les vieillards, la totalité de ses esclaves était de quatre-vingts à peu près. Il n'avait pas de eontre-nuiître et il exploitait lui-même. (.".-tait une de ses maximes favorites, qu'un contre-maître suffit à ruiner un homme II était naturellement industrieux et actif, et l'agriculture était son goût dominant, son dada, mais un dada qui, du moins, le conduisait quelque part.

Sous ces divers rapports et beaucoup d'autres, il formait le plus parfait contraste avec ses voisins, qui. par cette raison, l'aimaient fort peu. Il ne mettait jamais le pied aux courses de chevaux, ni aux combats de coqs, ni aux assemblées politiques, ni à aucune orgie, réunion de jeu, partie de plaisir d'aucun genre. Son argent, disait-il. lui coûtait trop cher à acquérir pour qu'il le risquât sur un pari, et, quant aux amusements, il n'avait, disait-il aussi, ni le temps ni le goût de >'\ livrer. Ses voisins se vengeaient de son mépris pour leurs divertissements favoris en le faisant passer pour un esprit mesquin et pour un ladre. Ils allaient plus loin, et l'accusaient d'être un marnais citoyen et un voisin dangereux. Us poussaient les hauts cris sur ce que son extrême indulgence pour ses esclaves rendait les leurs indociles et mécontents, et il fut même question une lois ou deux de lui donner le conseil comminatoire d'avoir à quitter le pays.

Mais le major Thornton était un homme résolu. Il connaissait ses droits à fond ; il ne connaissait pas moins bien l'espèce de gens auxquels il avait affaire et la nature d'arguments qui pouvait les influencer. Le plus remuant de ses voisins malveillants s'étant permis sur lui une observation outrageante qui lui xint aux oreilles, il n'en lit ni une ni deux et lui envoya un cartel. Le défi fut accepté, et au premier feu il logea une balle en plein cœur de son adversaire. Depuis ce temps, ses voisins, sans l'aimer plus qu'auparavant, ménagèrent leurs propos et le laissèrent mener sa barque à sa guise sans le

gêner aucunement.

Le major Thornton n'avait pas été élevé pour l'état de planteur. De là venait peut-être qu'il s'écartait si fort de la routine habituelle et ne faisait rien comme ses voisins. Il était de bonne famille, comme l'on dit en Virginie, mais son père mourut quand il était enfant, et lui laissa très-peu de biens. Il entreprit d'abord un tout petit commerce de campagne. En peu d'années, son intelligence réelle, son économie, le soin qu'il mit à ses affaires, lui valurent des bénéfices considérables. En Virginie, le négoce n'est point tenu pour respectable; il ne l'était pas du moins à l'époque où je me reporte, et quiconque veut se faire une position vise à être propriétaire. Vers le temps où M. Thornton, devenu assez riche, jugea le moment venu d'échanger son trafic contre une plantation, le propriétaire d'Oakland, ayant déjà mangé deux bons domaines en chevaux de luxe, chiens et toutes sortes de débauches, se vit contraint de mettre en vente cette dernière propriété. Le major Thornton en devint l'acquéreur; mais le domaine qu'il acheta était bien différent de celui que je vis. Les bâtiments, vieux et laids, tombaient de toutes parts en ruines et ne valaient même plus la réparation; les terres étaient à moitié ruinées par le système épuisant qui prévaut dans tous les Etats à esclaves de l'Amérique du Nord.

Très-peu d'années après que la propriété eut passé dans les mains du major Thornton, elle n'était plus roconnaissjible.

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