‹ L'esclave blancChapitre 45 sur 207 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Kn conséquence de cel ordre, le Tom du capitaine sauta à bas de cheval, el m*' saisit à bras-le-corps; mais, comme je me défendais énergiquement 01 n'étais pas le plus faible, je m'en serais tiré sans peine si le maître, mettant à son tour pied à terre, ne fût venu en aide à son domestique. I>m\ contre un. c'était trop, et, ayant réussi à me terrasser, ils m'ôtérent mon habit et me lièrent les mains. Le capitaine Robinson remonta à cheval, et me battit jusqu'à en user sa cravaché. Sa fureur ainsi assouvie, il piqua Ai'> deux, suivi de Tom, sans même prendre la peine de me délier les mains. Quand ils furent partis, je cherchai mon habit et mon chapeau; je ne les trouvai plus : était-ce le domestique ou le maître qui me les avait emportés? je n'ai jamais pu le savoir. Je suppose néanmoins que ce fut le premier, car je me rappelle bien avoir vu ce même Tom, quelques semaines après, se carrant à un prêche méthodiste avec un habit bleu qui ressemblait au mien d'une façon extraordinaire.

Lorsque mon maître apprit ce qui s'était passé, il eut un furieux accès de colère. Son premier mouvement fut de monter à cheval et d'aller demander une explication au capitaine Robinson ; mais il se souvint que la cour du comté devait se réunir le lendemain, et qu'il y avait affaire. Il aurait ainsi l'occasion de consulter son homme de loi; et, après y avoir un peu réfléchi, il pensa qu'en effet il fallait ajourner la démarche jusqu'à [dus ample éclaircissement de son droit.

11 m'emmena le lendemain, et nous nous rendîmes chez l'homme d'affaires, auquel je contai l'aventure et à qui le major Thornton demanda quelle satisfaetion lui accordait la loi.

L'avocat répondit que, dans ce cas, la loi était très-claire et la répression parfaitement suffisante.

— Il y a des gens, continua-t-il. qui, faute de connaître la matière, prétendent que, dans les pays à esclaves, la loi ne protège pas la personne de l'esclave contre les violences des hommes libres, et qu'un blanc peut fouetter n'importe

m L'ESCLAVE BLANC.

quel nègre, suivant son bon plaisir. C'est une grande erreur, sinon une fausseté volontaire. La loi ne permet rien de semblable. Elle étend l'égide de sa protection également sur les nègres et sur les blancs. Sous ce point de vue, la loi n'admet aucune distinction. Si un homme libre est maltraité, il a son action en dommages contre l'offenseur ; si c'est un esclave, son gardien et son protecteur légal, qui est son maître, intente Faction en dommages pour lui. Donc, major Thornton, votre affaire contre le capitaine est excellente, et je crois pouvoir vous promettre un verdict entièrement favorable à votre requête. — Vous êtes, je suppose, en mesure de prouver tous ces faits?

— Prouver? je le crois bien! dit mon maître; voilà Archy lui-môme qui vous a raconté toute l'histoire.

— Oui, mon bon monsieur ; mais vous oubliez qu'un esclave n'est pas admis à témoigner contre un homme blanc.

— Et que me fait votre loi, alors? s'écria le major Thornton. Archy était seul quand le capitaine s'est emparé de lui pour le battre, ainsi qu'il vient de vous le dire, et vous ne le supposez pas assez fou pour mettre en cause un homme libre, uniquement pour le plaisir de témoigner contre lui. Quoi! monsieur, malgré la protection de cette loi, que vous faites sonner si haut, je puis avoir mes gens battus par ce Robinson tous les jours que Dieu fait, et je n'en aurai pas satisfaction! Le diable emporte votre loi !

— Mais, mon cher monsieur, répondit l'avocat, considérez le grand danger et les inconvénients palpables d'admettre les esclaves à être témoins.

— Vous avez raison, dit mon maître avec un sourire ironique, je crois en effet que cela aurait beaucoup d'inconvénients pour quelques-uns de mes voisins, beaucoup d'inconvénients, sans doute! Enfin, monsieur, puisque la loi ne peut me donner la réparation qui m'est due, j'y pourvoirai donc moimême; je ne puis pas laisser traiter mes gens ainsi. Je cravacherai ce polisson de Robinson en pleine face.

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