‹ L'esclave blancChapitre 52 sur 207 · CHAPITRE XVI. D · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI. D

long fouel d'usage, faisaient à la lois l'office de gardiens et de conducteurs «lu troupeau.

Je n'essayerai pas de décrire notre affliction, je ne ferais que répéter une histoire bien connue. Qui n'a ouï parler des marchés d'esclaves donl la côte d'Afrique est le théâtre? Quel est le cœur qui n'a saigné à la peinture du désespoir et de la terreur des victimes qu'on séparait de leurs enfants.' Notre cas était analogue. Beaucoup d'entre nous étaient nés et avaient grandi à Oakland, et tous le regardaient comme leur propre home, en même temps que comme un refuge où nous avions toujours échappe aux insultes et aux attaques gratuites. On nous arrachait de cet asile sans nous donner un instant pour nous préparer à cet exil; on nous conduisait, enchaînés, au marché d'esclaves, pour être adjugés au plus offrant et dernier enchérisseur.

Devait-on s'étonner de notre peu d'empressement à marcher? Eussions-nous quitté Oakland de notre plein gré, en quête de notre propre fortune, nous n'aurions pu d'un coup briser les liens qui nous attachaient par le souvenir et la reconnaissance à ce domaine. Que devait donc être notre chagrin de le quitter dans de telles conditions?

Mais les pleurs des hommes, et les clameurs des femmes, et les cris d'épouvante des malheureux enfants, étaient absolument non avenus. Nos conducteurs, faisant claquer leurs fouets, se moquaient de toutes nos lamentations. Notre triste procession s'avançait lentement, et plus d'un regard de douleur fut jeté, durant cette marche, sur les lieux que nous quittions..Nous ne parlions pas, et nos tristes pensées n'étaient interrompues que par les blasphèmes, les cris et le gros rire de ceux qui dirigeaient le troupeau.

Nous passâmes la nuit sur la route, nos conducteurs dormant et faisant le guet tour à tour. Le jour suivant, nous fûmes rendus à la cour du comté, et, à l'heure dite, l'adjudication commença. La réunion était peu nombreuse et les amateurs ne paraissaient pas très-chauds. Beaucoup ^s voisins

de notre dernier maître étaient présents. L'un d'eux fit observer bien haut que nous étions, en général, d'assez robustes gaillards, mais que, pour sa part, il se souciait peu d'acheter n'importe lequel des esclaves de Thornton, attendu que ce maître nous avait tellement gâtés par sa déraisonnable indulgence, qu'un seul de nous suffirait pour jeter le mécontentement et le trouble dans tout un pays. Ce discours, très-applaudi, produisit l'effet que l'auteur en attendait. Le commissaire-priseur lit son métier en conscience et insista avec beaucoup d'éloquence sur notre saine, florissante et vigoureuse constitution. « Pour ce qui est des effets de l'indulgence exagérée dont on vous parle, ajouta-t-il, une sévère discipline et une bonne peau de vache en viendront promptement à bout ; et, d'après ce que j'ai ouï dire des intentions de l'honorable préopinant, c'est lui-même qui compte acheter ces esclaves. »

Cette saillie du commissaire-priseur fit rire la compagnie sous cape; mais l'enchère n'en fut pas beaucoup plus brillante. On nous adjugea à des prix très-modérés. La plupart Av± jeunes gens, des enfants et des femmes, furent achetés par un marchand d'esclaves venu exprès. On eut beaucoup de peine à obtenir une mise quelconque sur les vieilles gens. La nourrice de M. Thornton, qui, je l'ai déjà dit, avait été sa ménagère et une personne d'importance à Oakland, fut adjugée à raison de trente dollars. Elle fut achetée par un vieux drôle fort connu dans tout le pays pour son inhumanité envers les esclaves. Ce dernier hocba la tète quand le marteau du commissaire retomba sur la table, grimaça un sourire significatif et dit qu'il espérait que la vieille pouvait encore tenir une houe, ajoutant que, dans tous les cas, et n'importe comment, il en tirerait encore le travail d'un été. La pauvre femme avait à peine levé la tête depuis la mort de son dernier maître ; mais le dépit d'être vendue à si bas prix lui fit oublier tout, jusqu'à son chagrin, jusqu'au rude sort qui lui était réservé. Se tournant vers son acheteur, elle lui dit d'un air indigné qu'elle avait encore de la force et de la jeunesse, et lui assura

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