‹ L'esclave blancChapitre 60 sur 207 · CHAPITRE Wlll · texte numérisé non relu

CHAPITRE Wlll

du Sud les victimes qui od1 échappe à leur tyrannie et lui vers les « Etats libres i dans l'espoir d'une vaine protection. Tout le Nord, cependant, voit «l'un œil calme et souffre paisiblemenl que les propriétaires d'esclaves des Etats du Sud violent toutes les prescriptions constitutionnelles, emprisonnent, torturent, mettent à mort les citoyens mêmes du Nord, sans jur\ et sans jugement, du moment où ils supposent que ct's rigueurs peuvent le moins du monde contribuer au maintien de leur droit à l'exploitation*, à l'oppression de leurs semblables. Le dirai-je? Certains aristocrates du Nord, dans leur haine de l'égalité démocratique, semblent envier, tout en affectant de la déplorer, la condition de leurs concitoyens du Sud. Et, cependant, les États septentrionaux de l'Union osent se déclarer purs de la souillure de l'esclavage. Vaine prétention; ils sont complices du crime; le sang de l'esclave est sur leurs mains, il coule de leurs vêtements!

En m»us tirant de la prison, on nous mit les menottes, ces signes et emblèmes de la servitude, et, nous ayant conduits au <|uai, on nous empila dans la cale du navire, où nous étions si pressés, qu'à peine pouvions-nous nous y mouvoir ou nous asseoir à notre aise. Le bâtiment leva l'ancre aussitôtaprès notre installation à bord, et descendit la rivière. Une ou deux fois dans le jour, on nous permettait de monter sur le pont et d\ respirer l'air une minute; mais, aussitôt après, on nous replongeait au fond du navire. Le second du bord était un bon jeune homme <{ui semblait disposé à alléger nos souffrances en tout ce qui pouvait dépendre de lui; mais le capitaine (Hait un ignoble tyran, bien né pour le métier qu'il faisait.

Nous étions en route depuis un jour ou deux, et déjà, ayant descendu la rivière, nous touchions à la baie, lorsque je tombai tout à fait malade : une fièvre ardente consumait mon sang.

Le soleil était couché, déjà, les écou tilles étaient fermées, et

la chaleur do l'étroite cal i nous étions confinés, et qui était

d'ailleurs plus qu'à moitié remplie do caisses et de barriques, devenait insupportable. Je frappai sous le pont, et, d'une voix

mourante, implorai un peu d'eau et d'air. C'était justement le quart du second du bord. Il vint savoir ce dont il s'agissait, et donna ordre que l'on ouvrît les écoutilles et qu'on me hissât sur le pont. Je nie jetai avidement sur l'eau qu'il me présenta : quoique chaude et saumàtre, elle me sembla le plus délicieux des breuvages. Je l'avalai jusqu'à la dernière goutte et en demandai de nouvelle; mais le lieutenant, craignant sans doute que trop boire augmentât mon état de souffrance, refusa de m'en faire donner davantage. Je n'avais pas moins besoin d'air que d'eau; le lieutenant m'en laissa prendre à mon aise, et j'étais gisant sur le pont, m' imbibant par chaque pore de la fraîcheur du soir, quand le capitaine survint.

Il n'eut pas plutôt vu que les écoutilles étaient ouvertes, et que j'étais couché sur le pont, que, les poings fermés, le visage furieux, il s'avança vers son second, et l'apostropha en ces termes :

— Comment osez-vous, monsieur, laisser les écoutilles ouvertes après le coucher du soleil . et contrairement à mes ordres?

Le lieutenant s'efforça de se disculper en disant que je m'étais trouvé subitement malade et avais demandé du secours; mais, sans l'écouter, le brutal capitaine s'élança sur moi, et, d'un coup de pied, me jeta la tète la première dans la cale, où j'allai tomber sur le corps de mes malheureux compagnons. Sans s'inquiéter si j'avais ou non le cou rompu, il donna ordre de replacer les écoutilles. Heureusement, je me fis peu de mal, mais je fus à un doigt de me briser la tête contre les solives du bord. L'eau que j'avais bue et l'air frais que j'avais absorbé calmèrent ma fièvre et je me trouvai un peu mieux.

Le jour suivant, nous doublâmes les promontoires du Chesapeake et entrâmes dans l'Atlantique» Nous mimes le cap au sud-est, et filions gaillardement quand éclata une tempête. Les saccades et les soubresauts du navire étaient terribles, surtout aux pauvres prisonniers confinés dans la cale obscure, et. à chaque roulement du tonnerre, il nous semblait que le

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