‹ L'esclave blancChapitre 68 sur 207 · CHAPITRE XIX. l-iô · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX. l-iô

pour répandre la Bible dans le monde, et mettre ce guide infaillible ;ui\ mains de chaque famille. Nais, tandis qu'ils montrenl tant de zèle à doter le monde entier de ce trésor inestimable, ils le refusent strictement à ceux dont la l<>i les .1 faits seuls tuteurs. Ils I»' refusent a leurs esclaves, dont ils niit été nommés par Dieu 1rs protecteurs naturels, pour nous servir de leur expression favorite; et par là. de leur propre aveu, ils exposent volontairement et sciemment ees esclaves an danger d'un éternel châtiment! Ils les exposent volontairement et sciemment à ce danger formidable, de peur qu'en apprenant à lire ils n'apprennent en même temps à connaître leurs propres droits et le moyen de les revendiquer.

Quel nutrage à l'humanité fut jamais égal à celui-ci 1 D'autres tyrannies se sont portées à tous les excès contre le bonheur temporel de l'homme ; niais où trouver, dans l'histoire du monde entier, d'autres tyrans qui aient ouvertement, publiquement, confessé qu'ils préféraient exposer leurs victimes au danger imminent d'un malheur éternel, plutôt que de leur donner un degré d'instruction qui pourrait, par impossibilité, compromettre leur autorité injuste et usurpée? Et ce sont des hommes qui. sons d'autres rapports, ne paraissent pas dépourvus de bienveillance, di^ hommes qui parlent de liberté, de vertu, de religion, qui parlent même de justice et d'humanité !

Si j'étais porté à la superstition, je croirais que ce ne sont pas des liomnies. mais des démons incarnés, des esprits malfaisants qui ont pris la l'orme humaine et un semblant de sentiments humains, afin de poursuivre plus secrètement et plus sûrement leur grande conspiration contre le genre humain. Je le croirais, si je ne savais que l'amour de la supériorité sociale, ce véritable mobile du cœur humain, qui est le principal ressort de la civilisation et la principale source de tous les progrés de l'humanité, est capable, lorsqu'il n'est [tas maîtrisé par des émotions plus généreuses, de corrompre toute

la nature de l'homme, et de le pousser aux actes les plus dé-

tes ta blés. Lorsqu'à cette violente passion, ainsi dénaturée, se joint une vile crainte, à la fois lâche et cruelle, qu'y a-t-il d'étonnant que l'homme devienne une créature digne de haine et de mépris? — Ah ! de pitié bien plutôt ; — le maniaque ne saurait être responsable des attentats auxquels sa démence le pousse, quand même sa démence serait son propre ouvrage. Quelque infernale que puisse être considérée la tyrannie qui, pour maintenir son pouvoir usurpé, est prête à sacrifier le bonheur temporel et éternel de ses victimes, elle est assurément très-propre à atteindre le but qu'elle se propose, le but de se perpétuer. Mais il est nécessaire de faire un pas de plus. Les propriétaires d'esclaves devraient se rappeler que toute connaissance est un danger, et qu'il est impossible de donner aux esclaves aucune instruction chrétienne sans leur donner des idées dangereuses. Peu importe que la loi défende de leur apprendre à lire. L'instruction orale est aussi dangereuse qu'écrite, et le catéchisme n'est qu'une Bible déguisée. Qu'ils aillent donc jusqu'au bout, et qu'ils complètent glorieusement leur œuvre. Qu'ils prohibent d'un seul coup toute instruction religieuse. 11 faudra bien finir par là. Qu'ils me permettent de leur dire que le temps est passé où la doctrine d'obéissance passive, prêehée par M. Carleton, est la seule chose que la religion doive enseigner. Tn autre esprit se répand au dehors, et cet esprit pénétrera partout où l'instruction religieuse lui ouvrira la voie. Aujourd'hui, il est impossible de traiter l'esclave de frère, au nom du christianisme, sans lui reconnaître les mêmes droits au nom de l'humanité.

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