‹ L'esclave blancChapitre 73 sur 207 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

La pauvre enfant parut avoir là plus grande répugnance à se reporter au jour terrible qui nous avait séparés, à ce que nous pensions alors, pour jamais. Elle hésita, — elle semblait honteuse; il lui coûtait de parler de ce qui avait suivi cette séparation. J'eus pitié d'elle, et, quelque vive que fût ma curiosité, — si mes sentiments en cette circonstance méritent un pareil nom, — j'aurais presque désiré que cet intervalle fût passé sous silence. J'étais assailli de doutes cruels, d'appréhensions effroyables, et je redoutais de l'entendre parler; mais elle cacha son visage dans mon sein, et, murmurant d'une voix à moitié étouffée par les sanglots: « Mon mari doit le savoir, » elle commença son récit.

Elle était déjà, me dit-elle, plus qu'à demi morte d'épouvante et d'horreur, et le premier coup que lui porta le colonel Moore l'étendit par terre sans connaissance. Lorsqu'elle revint à elle, elle se trouva couchée sur un lit, dans une chambre qu'elle ne se souvenait pas d'avoir jamais vue. Elle se leva tant bien que mal du lit, car ses contusions ne lui laissaient guère les mouvements libres. La chambre était bien meublée; le lit était entouré de rideaux élégants; dans un coin était une table de toilette; enfin, il y avait tout l'ameublement habituel d'une chambre à coucher de dame, mais aucune autre chambre de Spring-Meadow ne ressemblait à celle-là.

La pièce avait deux portes qu'elle essaya d'ouvrir, mais elles étaient fermées au verrou. Elle regarda par les fenêtres, dans l'espoir de reconnaître l'endroit où elle était, mais tout ce qu'elle put découvrir, c'est que la maison semblait entou-

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