‹ L'esclave blancChapitre 75 sur 207 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

tira une robe,, qu'elle déclara « merveilleusement belle. » Bile engagea Cass) à se lever et à la mettre, attendu que smi mai tre allait venir. C'était ce que craignait Cassy; mais elle espéra retarder la visite, si elle ne pouvail pas l'éviter. Elle dit donc à miss Kitt\ qu'elle était trop malade pour voir personne; elle refusa positivement de regarder la robe, et supplia qu'on la laissât mourir en paix. Miss lîith se mit à rire à ees paroles; cependant elle parut un peu alarmée de celle idée de mort, et lui demanda ce qu'elle avait.

C;iss\ répondM qu'elle en avait assez vu et assez souffert pour tuer i|ui que ce fût; qu'elle avait la tête et le cœur bri ses. et que plus tôt la mort viendrait à son secours, mieux ce seraiti Puis, s'armant de tout son courage, elle prononça mou nom. et s'efforça dedécouvrir ce que j'étais devenu. Miss Uitt\ secoua de nouveau la tête, et déclara qu'elle ne pouvait donner aucun renseignement.

En ce moment, la porte s'ouvrit, et le colonel Moore entra. Il avait l'air d'un coupable. La rougeur qui couvrait son visage la dernière fois qu'elle l'avait vu avait disparu entièrement ; il était pâle et sombre. Elle ne l'avait jamais vu ainsi, et elle trembla à cet aspect. 11 ordonna à Ritty de sortir, mais il lui dit d'attendre dans la pièce de devant; peut-être aurait-il besoin de son assistance. 11 ferma la porte au verrou, et prit place sur le lit. à côté de Cassy. Elle se leva effrayée, et se retira à l'autre bout de la ebambre. 11 sourit dédaigneusement, lui ordonna de revenir et de s'asseoir nrès de lui. Elle obéit, - car, malgré sa répugnance, elle ne pouvait faire autrement. 11 lui prit la main, et lui passa un bras autour de la taille. Elle recula de nouveau, et voulait fuir; mais il frappa du pied avec impatience, et lui commanda avec dureté de rester tranquille.

Il gai'da un instant le silence ; — puis, changeant de ton, il reprit son sourire habituel, et commença de cette voix douce et insinuante pour laquelle il n'a va il pas son pareil. Il l'attaqua par la llatterie, par i\r> paroles dorées et de généreuses

promesses. Il lui reprocha, mais sans dureté, ses tentatives pour échapper aux bontés qu'il lui témoignait. Ensuite, il parla de moi; mais, en abordant ce sujet, sa voix s'éleva, le rouge lui remonta au visage, et il parut tout prêta perdre sou sang-froid.

Elle l'interrompit, et le conjura de lui apprendre ce que j'étais devenu. Il répondit que j'étais assez bien, — beaucoup mieux que je ne méritais d'être; mais qu'elle n'avait pas besoin d'y songer davantage, attendu que son intention était de ni1 envoyer hors du pays dés que je serais en état de voyager, et. qu'elle ne devait pas espérer de jamais me revoir.

Elle le supplia vivement de la faire vendre avec moi. Il feignit d'être tout surpris de cette prière, et demanda pourquoi elle la faisait. Elle lui dit qu'après tout ce qui était arrivé, il était mieux qu'elle ne vécût plus dans sa maison; d'ailleurs, si elle (Hait vendue en même temps, elle pourrait être achetée par la personne qui au/ait acheté son mari. Ce mot de mari le jeta dans une violente colère. Il lui dit qu'elle n'avait pas de mari, et n'en avait pas besoin, car il serait pour elle mieux qu'un mari. Il ajouta qu'il était las de sa folie; et, avec un regard significatif, il l'invita à ne pas faire la bête, à cesser toutes ces pleurnicheries, à être une bonne fille, et à faire ce que son maître désirait. N'était-ce point le devoir d'une domestique d'obéir à son maître?

Elle lui dit qu'elle était malade et misérable, et le conjura de la laisser. Au lieu de le faire, il lui passa les bras autour du cou, et déclara que sa maladie était pure imagination, car il ne l'avait jamais vue à moitié si jolie.

Elle se leva, mais il la saisit dans ses bras, et l'entraîna vers le lit. Même en ce moment terrible, elle ne perdit pas sa présence d'esprit. Elle résista de toute sa force, et réussit à s'arracher à ses odieux embrassements. Alors, rassemblant toute son énergie, elle le regarda au visage, autant que ses pleurs le lui permettaient, et, tâchant de retrouver sa voix : — Maître! père! s'écria-t-elle, que voulez-vous de votre fille?

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