‹ L'esclave blancChapitre 77 sur 207 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

son intérêt ei de son devoir de céder aux désirs de son maître.

Jusque-là, tout allait parfaitement bien. Elles avaient à peine combiné leur plan, qu'elles entendirent le pas du colonel dans la chambre voisine. Ritt) courut à lui et parvint à lui persuader de partir sans essayer de voir Cassy. Il loua son zèle et promit de suivre son a\is. Le lendemain il arriva une circonstance que ni Cassy ni Ritty n'avaient prévue, mais qu1 se trouva être très-favorable à leur dessein. Le colonel Moore fut obligé de se rendre sans retard à Baltimore pour affaires. Avant de se mettre en route, néanmoins, il trouva le temps de voir Ritty et de lui enjoindre d'avoir l'œil sur Gassj , et de prendre soin de la rendre raisonnable avant son retour.

Si Cassy devait jamais s'échapper, c'était le moment. Elle eut bientôt arrêté son plan. Son but était autant de garantir Ritty de tout soupçon, que d'assurer sa fuite. Heureusement tout pouvait se concilier. Cassy ne pouvait s'échapper que par la porte ou par les fenêtres. Par la porte, il n'y fallait pas songer, attendu que Ritty en avait la clef et était censée se tenir toujours, endormie ou éveillée, dans la chambre de devant. L'évasion devait donc se faire par une d^s fenêtres. Ces fenêtres n'étaient pas à guillotine, comme c'est l'usage du pays, mais elles s'ouvraient sur gonds à l'intérieur. Les persiennes dont elles étaient garnies au dehors étaient clouées sur le châssis des fenêtres , et n'étaient pas destinées à être ouvertes. Il fallait les couper ouïes briser; et, comme elles étaient en bois de pin, la chose n'était pas bien difficile. Ritty apporta deux couteaux de table, et aida à les couper; quoique, suivant l'histoire qu'elle devait faire à son maître, elle fût censée avoir dormi tout le temps très-profondément .'l -ans aucun soupçon, et Cassy avoir secrètement coup»'' les persiennes avec un couteau de poche.

Le soir du départ du colonel, tout fut prêt de bonne heure, ri Cassj devail s'échapper dès qu'elle oserait tenter l'aventure. Rittj convint de ne l'avertir de l'évasion que le lendemain assez tard. Ce délai devait s'expliquer par la difficulté

qu'elle aurait eue à trouver le contre-maître, et par l'incertitude où elle aurait été de savoir si le colonel était bien aise, que le contre-maître fût mis au fait de toute cette affaire. En tous cas, elles espéraient qu'il ne serait fait aucune poursuit!1 vigoureuse avant le retour du colonel.

Cassy se tint prête à partir. Elle éprouvait une angoisse à l'idée de me quitter; mais, comme Ritty ne pouvait ou ne voulait pas lui dire ce que j'étais devenu , et qu'elle savait que, séparés et sans appui comme nous Tétions, il nous était impossible de nous prêter l'un l'autre aucune assistance, elle jugea avec raison qu'elle me servirait mieux et répondrait plus à mes vœux, en adoptant le seul plan qui parût offrir une chance d'éviter la violence qu'elle craignait.

Ritty lui avait fourni sur sa ration de quoi se sustenter plusieurs jours. 11 faisait complètement nuit et il était temps de partir. Elle embrassa son hôtesse et sa confidente, qui paraissait très-affectée de la laisser tenter seule une aventure si désespérée, et qui lui donna sans hésiter le peu d'argent qu'elle eût. Cassy fut très-touchée de cette générosité inattendue. Elle descendit par la fenêtre, dit adieu à Ritty, et, rassemblant toute sa résolution, elle se dirigea vers la grande route à travers champs par la voie la plus courte. Cette route n'était guère fréquentée que par les gens de Spring-Meadou et d'une ou deux autres plantations voisines, et, à cette heure du soir, il y avait peu de danger de rencontrer personne, excepté peut-être un esclave évadé qui serait aussi désireux quelle d'éviter d'être vu. 11 n'y avait pas de lune; — mais la clarté des étoiles servait à guider ses pas. Elle n'avait aucune appréhension de se perdre, car elle avait été fréquemment en voiture avec sa maîtresse jusqu'au petit village où était le palais de justice du comté, et c'était Là que pour la première fois elle s'était déterminée à partir.

Elle y arriva sans avoir rencontre5 une seule âme. Jusqu'alors rien n'annonçait encore le matin. Tout était silencieux, à l'exception du cri monotone des insectes de l'été, inter-

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