‹ L'esclave blancChapitre 8 sur 207 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

monde, et, bien < [ 1 1* • démocrate en politique, il était foncièrement et des pieds à la tête aristocrate renforcé. L'idée de violer une seule des règles de la société où il vivait lui inspirait la même horreur indicible qu'à une de nos belles l'idée

de porter une dentelle de coton, ou à l'un de nos beaux celle «le se servir, à dîner, d'un couvert d'étain. On ne s'étonnera donc pas que j'ignorasse encore alors que le colonel lût mon père.

Mais, bien que cette descendance fût encore un secret pour moi, elle n'en était plus un pour les amis et les visiteurs du Bolonel Moore. A défaut d'autres témoignages, notre ressemblance frappante eût certainement trahi cette filiation ; et. bien que ce même respect pour le droit de propriété qui avait toujours empêché le colonel de révéler les liens qui m'unissaient à lui eût aussi enchaîné la langue de ses hôtes, cependant lorsque, plus tard, je connus le fatal secret, j'eus, par une révélation subite, l'explication de certaines plaisanteries, de certaines allusions auxquelles s'étaient livrés parfois, vers la lin d'un diner, quelques convives dont les fréquentes libations avaient tout à la fois développé l'esprit et incité le bavardage. Ces belles choses, dont le sens m'avait toujours échappé, étaient habituellement mal reçues tant par le colonel Moore que par les convives sobres, et toujours suivies d'un ordre, donné à moi et aux autres esclaves, de sortir de la salle : le pourquoi, jusqu'au jour où je connus enfin le secret de ma naissance, m'avait toujours échappé.

Ce secret, que mon père n'avait point voulu, que ma mère n'avait point osé me révéler, j'aurais pu facilement l'apprendre de mes compagnons d'esclavage. Mais, à cette époque, comme beaucoup de mes pareils à teint blanc, je méprisais profondément ceux de mes frères en infortune dont la peau était plus foncée. Je les tenais à distance et eusse rougi de fréquenter des hommes plus basanés que moi. C'est ainsi que l'esclave accepte les odieux préjugés de ses oppresseurs, et rive lui-même la chaîne qui le livre à leur merci !

Il faut rendre justice à mon père : je ne nuis dire de lui que ce fût un homme absolument sans entrailles. Bien que n'ayant jamais reconnûmes droits particuliers à sa tendresse. je suis sur qu'au fond du cœur, de temps en temps, il en subissait l'influence. Quand il me parlait, il \ avait dans son intonation une bienveillance, une sorte de tendresse, qui m'avait soin eut frappé moi-même; cette façon d'être lui avait gagné toute mon affection, aussi l'aimais-je beaucoup, bien que le regardant exclusivement comme un maître.

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