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CHAPITRE XXII

chênes. Les bâtiments paraissaient eux-mêmes fort anciens; mais ils étaienl en parfait étal de réparation, et le parc, pomme les baies, étaient entretenus avec beaucoup de soin.

Lorsque les dames descendirent de voiture, je m'avançai. Je dis à mistress Rlontgomerj que mon maître m'avait permis de venir voirma femme, et que j'espérais qu'elle n'aurait pas d'objections à me laisser passer chez elle l'après-midi.

Ilistress Montgomon répondit que Cassy était une trop bonne fille pour qu'on lui refusât aucune faveur raisonnable; et que, tant que je me comporterais bien, elle n'aurait jamais d'objection à ce que je vinsse voir ma femme. Elle me lit plusieurs questions sur notre mariage et sur notre séparation; et la douceur de sa voix, l'aménité naturelle de ses manières, me prouvèrent que c'était une bonne et aimable femme.

Assurément, sur toute la surface des Etats à esclaves, il est beaucoup de femmes aimables et de bonnes maîtresses. Mais à combien peu sert leur bonté? Elle n'a qu'une portée bien restreinte; elle n'a pas le pouvoir d'alléger les souffrances de tant de milliers d'infortunés qui n'entendent jamais de voix plus douce (jue celle du contre-maître, et qui ne connaissent pas de discipline plus douce que le fouet.

Les domestiques de Poplar-Grove étaient traités avec bonté, même avec indulgence, et ils étaient très-attachés à la famille; mais, comme il arrive si souvent, la condition des esclaves qui travaillaient aux champs était bien différente. Il y avait environ trois ans que mistress Montgomery, par la mort de son mari et en vertu du testament qu'il avait laissé, était devenue propriétaire et unique maîtresse de la fortune. En cette occasion, son bon cœur et ses sentiments de justice la portèrent à ('tendre à l'administration de la plantation le système d'humanité qui l'avait toujours dirigée dans le gouvernement de son ménage. Du vivant de son mari, le quartier des esclaves était à trois milles et plus de la maison; et, comme 1rs esclaves n'avaient pas la permission devenir à la maison sans être mandés, mistress Montgomery les voyait à peine, et nY-

tait guère au fait de leurs besoins et de leurs griefs. Elle passait môme la plus grande partie de Tannée à visiter ses parents en Virginie, ou à faire des excursions dans les villes du Nord; et, lorsqu'elle était chez elle, la répugnance évidente (pie son mari avait à ce qu'elle eût rien à faire avec ces sortes de choses, l'avait toujours empêchée de se mêler des affaires de la plantation.

Mais, son mari mort, et la plantation et les esclaves devenus sa propriété, elle ne put se faire à l'idée de ne prendre aucun souci du bien-être de plus de cent créatures qui travaillaient du matin au soir à son seul profit. Elle résolut de changer totalement de système, et ordonna de rapprocher de la maison le quartier des esclaves, afin qu'elle pût y aller tous les jours.

Elle fut choquée de la misérable ration d'aliments et d'habits que son mari leur avait allouée, et de la somme de travail qu'il avait exigée. Elle fit augmenter l'une et diminuer l'autre. Plusieurs exemples de rigueur excessive étant parvenus à sa connaissance, elle renvoya son contre-maître et en prit un nouveau. Les esclaves n'eurent pas plutôt découvert que leur maîtresse s'intéressait à leur bien-être, qu'elle fut accablée de pétitions, de réclamations et de plaintes. L'un avait besoin d'une couverture, l'autre d'une bouilloire, et un troisième d'une paire de souliers. Chacun demandait quelque bagatelle, qu'il semblait bien dur de refuser; et chaque demande octroyée était suivie d'une demi-douzaine d'autres, également peu importantes et également raisonnables. Mais, avant la fin de l'année, ces petits articles montèrent à une somme suffisante pour absorber la moitié des bénéfices habituels de la plantation. Il ne se passait guère de jour que mistress Montgomery ne fût assaillie de plaintes sur la sévérité du nouveau contre-maître; et les esclaves venaient continuellement solliciter la remise de quelques peines dont ils étaient menacés. Deux ou trois circonstances, dans lesquelles le contre-maître fut contrarié dans l'exercice tyranniquede son autorité', ne servirent qu'à augmenter cet abus. Elle était bar-

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