CHAPITRE Y
ben des choses que vous ne savez pas et que vous voudriez ben savoir ; n'est-il pas vrai ?
— Oui, oui; bien vrai ! s'écria la jeune fille.
— Pourquoi n'ètes-vous pas venue plus tôt? Vous n'avez donc plus confiance dans le Vieux Rouisseur?
Adèle baissa la tête.
— Les échos du pays répètent de vilaines choses, mam'zelle; mais les échos ont ça de bon qu'ils ne répètent que ce qu'ils entendent dire ; ils n'y ajoutent rien. De ce côté, ils valent mieux que les hommes. Vous désireriez leur faire changer de ton, dites?
— Que m'importe ! si celui devant qui surtout j'aimerais à me justifier n'existe plus.
— Ah! fit le Rouisseur, vous pensez à la lettre de ce matin?
Adèle ouvrit des yeux stupéfaits. Puis, joignant convulsivement ses mains d'un air d'impérieuse supplication :
— Vous qui savez tant de choses, existe-t-il? le reverrai-je? s'écria-t-elle.
— Attendez, et écoutez! répondit le vieillard d'un ton d'étrange solennité; surtout, retenez bien ce que je vas dire, car les paroles que je prononce à l'emblée et sous le souffle
250 HISTOIRE DE MA GRÀN D'tAKTE.
du maître, à peine si mon oreille les entend et si ma pauvre mémoire les garde. II en est d'elles quasi comme de mes vieux rêves de Tan passé... Écoutez !
Sans sortir de son routoir, il plongea alors profondément ses bras sous l'eau, en marmottant des mots inintelligibles dans un jargon cabalistique; puis, des javelles submergées, il retira trois brins de chanvre, et, l'un après l'autre, du bout de l'ongle, il les dépouilla de leur enveloppe.
— Vécorce quitte la chènevotte, murmura le sorcier en attachant de temps en temps sur la jeune fille ses petits yeux fauves et perçants : bien des choses s'éclairciront. La chènevotte est rayée, et la raie du mitan est majeure !... tous ceux qui doivent mourir ne sont pas encore morts.
Rassemblant alors les lambeaux humides et grêles de Vécorce du chanvre , il les mâcha à plusieurs reprises , comme pour en étudier la saveur.
Personne n'ignore quelle est la puissance narcotique et vertigineuse du chanvre. C'est avec cette plante que les Orientaux composent celte terrible liqueur du bang, dont les effets , supérieurs même à ceux de l'opium, leur ou-