‹ L'esclave du pacha;Chapitre 106 sur 124 · CHAPITRE T · texte numérisé non relu

CHAPITRE T

vrent des mondes imaginaires ou les jettent dans des exaltations prophétiques.

Peut-être la feinte ne jouait-elle pas seule un rôle dans la sorcellerie du père Hubert; peut-être les émanations de la plante, les opérations du rouissage, auxquelles il se livrait, agissaient-elles sur son cerveau en dehors de ses pensées volontaires ; peut-être enfin était-il plus sorcier qu'il ne le croyait lui-même.

Quoi qu'il en soit, après avoir quelque temps savouré la liqueur acre et caustique contenue dans les lambeaux enlevés par lui à la chènevolte, il les pressa entre ses doigts, tira à lui, et les fit crier à son oreille, écoutant avec grande attention le bruit aigre et grinçant qui s'en échappait.

Entre le chanvre et le chanvrier paraissaient exister en ce moment les rapports communs d'une langue mystérieuse et surnaturelle.

Adèle se tenait toujours devant lui, les mains jointes , et dans une altitude pleine de perplexité et de foi, car la parole du vieillard, le timbre bizarre de sa voix, son regard obsesseur, le mouvement régulier de sa tête, la nuit qui venait, et jusqu'à la vue de l'eau, tout contribuait à la frapper de ce vertige superstitieux dont elle n'avait jamais été bien guérie.

Le Vieux Rouisseur s'arrêta dans sa consultation , et comme se parlant à lui-même, en paraissant répondre à une des exigences de son singulier interlocuteur :

— Oh! ohj... dit-il, l'osera-t-elle?

— Tout ce qu'il sera en mon pouvoir d'entreprendre, je l'oserai, père Hubert. Parlez !

— Eh bien ! reprit le vieillard, écoutez donc ! Un fétu de paille vous a tout d'abord fait songer pour la première fois au beau jeune garçon qui vous occupe si tristement à l'heure présente.

— C'est la vérité, repondit Adèle.

— Ces trois autres fétus qui se trouvent là , si vous faites ce qu'ils ordonnent, pourront bien parfaire l'œuvre du premier.

— Qu'ordonnent-ils? dit la consulteuse, qui tremblait de tout son corps.

— Cette nuit même... cette nuit, vous entendez, acheminez-vous par la Cavée aux Anglais vers la tour Saint-Adrien.

Adèle fit un mouvement.

— Rendez-vous-y seule , sans falot ni lanterne, quand tout dormira autour de vous; soyez sans crainte. On n'est jamais si seule qu'on le croit.

— Ensuite? dit Adèle.

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