‹ L'esclave du pacha;Chapitre 108 sur 124 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

la fièvre , elle s'endormit. Mariotte en fit autant de son côté.

Onze heures sonnaient à la paroisse de Saint- Martin de Béthizy quand la jeune malade s'éveilla.

Un rêve venait de la transporter au fond du Hanovre et de lui montrer Charles Doisy sur un grabat , étendu , privé de soins , de secours, et attendant la mort au milieu d'un isolement affreux.

Se jetant aussitôt hors du lit , elle s'habilla silencieusement, à la hâte , en prenant toutes sortes de précautions pour ne point interrompre le sommeil de Mariotte.

— Si le père Hubert avait raison ! se dit-elle; si mes prières pouvaient le sauver ! Dans le doute même, pourquoi hésiterais-je ?

Vêtue à peine, marchant pieds nus, pour ne pas faire de bruit , elle gagna l'escalier, et parvenue à la porte de sortie, là seulement elle chaussa ses souliers, qu'elle avait jusqu'alors tenus à la main.

La nuit était froide, le terrain inégal , raboteux ; elle voyait clair à peine , car des nuages couvraient le ciel ; mais la fièvre la soutenait , comme auparavant le désespoir.

Elle ne devait emprunter de forces, ce jour-

là , qu'à ses souffrances physiques ou morales, à son amour aussi.

En traversant le village , elle ne rencontra personne. A celte heure , les habitants des deux Béthizy dormaient tous paisiblement. Aucune lumière ne brillait aux fenêtres , comme pas une étoile ne scintillait dans le ciel. Tout en s'applaudissant de sa solitude , elle s'en effraya. Sa raison vint à son secours.

— De quoi puis-je avoir peur ? je ne vois rien , pas même mon ombre , et j'entends à peine le bruit de mes pas.

Une chauve-souris décrivit ses spirales audessus de sa tête, et le cri du choucas s'éleva du côté de la forêt. Les évolutions comme les cris de ces hôtes des nuits lui étaient familiers; cependant elle tressaillit involontairement ; mais elle poursuivit son chemin.

Au bout de quelques pas , soit réalité , soit un effet delà fièvre, elle crut entendre des hurlements lugubres... Une cloche tintait dans le lointain.

— Ce sont les clameurs , ce sont les cloches invisibles du Prieur maudit ! pensa-t-elle. Qui donc est en danger de mort ?... Moi, peut-être !

Non sans peine , elle reprit courage et continua d'avancer.

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