CHAPITRE I. 2tf
nés arrivaient dans un petit port de la mer Noire , où elles ne devaient pas tarder à s'embarquer pour Trébizonde.
Un mois après , l'homme au turban , atteint tout à coup du désir de prendre femme pour lui, après en avoir tant fourni aux autres, épousait la sœur aînée , qui l'avait séduit par sa manière de pétrir la pâte.
Tels furent les souvenirs de famille qui s'éveillèrent d'abord dans l'esprit de la jeune odalisque , retirée , seule , boudeuse et jalouse , dans son appartement.
Elle évoqua ensuite les images de cette autre part de sa vie où l'amour devait prendre un rôle. Elle se revit à Trébizonde, dans la maison de son acquéreur, devenu son beau-frère. Là , entourée, ainsi que ses compagnes de captivité, d'égards et de bons soins , sous une surveillance minutieuse , sans être sévère, elle avait passé une année durant laquelle elle avait appris la langue turque et l'art de la toilette , tout en se perfectionnant dans le chant et la danse.
L'année écoulée , le beau-frère de Baïla s'était embarqué avec elle et plusieurs de ses compagnes , pour Constantinople.
Un beau matin , il avait fait vêtir de blanc
sa gracieuse cargaison; les cheveux avaient été lissés et parfumés et, après avoir longé les murs du Vieux-Sérail, traversé quelques rues étroites et tortueuses , marchand et marchandise s'installaient dans une chambre du bazar des esclaves.
Les idées , en Europe , sont généralement fort erronées relativement à la vente des femmes en Orient. Nos connaissances à ce sujet s'appuient essentiellement sur ce que nous en avons vu dans nos théâtres et dans quelques tableaux de genre. Mais les auteurs dramatiques et les peintres , jaloux avant tout d'arriver au pittoresque , se soucient souvent fort peu de l'exactitude.
Ceux-ci, pour ne pas diviser leur tableau en compartiments , à la manière des architectes , nous ont montré une grande salle commune où des hommes et des femmes , tous jeunes , tous beaux, demi-nus, divisés par groupes, passent sous l'inspection des premiers venus. Les promeneurs circulent à travers les galeries ; de gros Turcs , bien écrasés par leur turban, bien emmitouflés dans leur robe de cachemire , dans leur cafetan de soie, dans leurs fourrures, fument tranquillement assis dans leur coin , comme au café : il m'est arrivé même de voir