CHAPITRE I
dans une de ces esquisses un peu fantasques un lévrier fluet , au museau pointu , ou un bel épagneul , à la queue ondoyante , figurer là , en accessoire , comme au palais des rois, dans les grandes compositions de Rubensou de Van- Dyck ; mais en Turquie les chiens n'ont leurs entrées nulle part.
Ceux-là . les auteurs dramatiques, poètes ou chorégraphes, ont établi hardiment leur marché sur la place publique, devant tout un peuple de choristes, avec des chameaux de carton, pour ajouter à la couleur locale. Il est vrai que , grâce aux convenances de la scène , le costume des belles esclaves à vendre a été renforcé. A l'Opéra les acheteurs de femmes sont forcés de se contenter d'un examen très-superficiel.
Un bazar de ce genre est en réalité beaucoup moins abordable que ces messieurs auraient pu nous le faire croire. Divisé en chambres particulières, les femmes de toute couleur et de tout âge, surtout celles dont la jeunesse et la beauté rehaussent le prix , y sont parquées presque solitairement , sous la garde de leurs vendeurs. Pour pénétrer dans le sanctuaire, il faut d'abord être musulman et offrir des garanties , soit par sa position , soit par sa for-
tune; car il n'est pas permis au premier curieux qui se présente de venir voir et marchander.
Baïla et ses compagnes venaient donc, dans une des salles du grand bazar de Constantinople, de prendre place sur une estrade. Chacune d'elles , désireuse d'aller régner sur le cœur de quelque puissant dignitaire de l'empire, essayait de la pose la plus favorable pour faire ressortir ses attraits, se disposait à s'armer de toutes ses grâces naturelles ou acquises, quand un petit vieillard , au turban maigre et délabré, en cafetan sans broderies, sans fourrures, passé de mode comme son maître, s'introduisit presque furtivement dans la chambre.
C'était un Arménien renégat qui avait fait sa fortune en administrant les biens d'un ancien vizir dont il était le trésorier ou khasnadar.
Tant qu'il avait été au service de celui-ci , notre homme s'était bien gardé de laisser entrevoir ses richesses , et la maîtresse femme , épousée par lui avant son apostasie, n'avait jamais souffert qu'il lui donnât une rivale.
Par un double coup du sort , sa femme était morte, en même temps que son vizir, disgracié, partait pour l'exil.
Redevenu libre des deux côtés, l'Arménien ne craignait plus de mettre au jour son or