‹ L'esclave du pacha;Chapitre 110 sur 124 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

le tintement sinistre de la cloche invisible.

La tour qu'elle avait perdue de vue, tandis qu'elle gravissait les pentes inférieures de la montagne, reparut enfin à ses yeux; mais la vieille enceinte aemblait avoir changé de place. Elle l'avait laissée à sa gauche, elle la retrouvait à sa droite. La courageuse enfant coupait le terrain en diagonale pour y arriver par un chemin plus direct, quand, derrière un monticule, s'éleva soudainement une apparition sous forme féminine. Sa robe blanche flottait au vent ; elle élevait les bras, en faisant entendre comme un appel étouffé.

Cette seconde vision disparut comme l'autre.

Au même instant, comme Adèle s'approchait d'une haie qui semblait se mouvoir et s'entr'ouvrir, le vent de la nuit prit une voix pour lui crier à l'oreille ces mots nettement articulés : Retournez! retournez!

Elle n'en tint compte et continua de marcher ; mais une sueur glacée lui tombait du front, et ses dents entre-choquées lui faisaient ajouter un nouveau bruit à tous ces bruits aigus, plaintifs, stridents, qui l'entouraient.

Elle aperçut enfin, à la lueur d'une faible éclaircie, les marches de pierre, brisées, disjointes, couvertesde mousse et debyssus, qui.

avec un fragment de muraille couronné d'une lucarne en ogive, composaient les seuls débris de l'ancienne chapelle de Sainte-Geneviève.

Touchant au but, fortifiée par l'importance et les périls mêmes de sa mission, Adèle sentit s'évanouir toutes les terreurs auxquelles elle avait été en proie et dont elle avait triomphé. Se faisant de son amour et de ses croyances un abri contre toutes les puissances malfaisantes du démon, tout entière à l'acte solennel qu'elle était venue accomplir dans ce lieu terrible, elle s'agenouilla sur ces pierres bouleversées avec le même recueillement qu'elle eût porté devant le maître-autel de Saint-Martin de Béthizy.

Après avoir fait le signe de la croix, joignant les mains:

— Mon Dieu! mon Dieu! s'écria-t-elle, et vous, bonne sainte Geneviève, soyez-moi en aide; s'il n'est que mourant, faites qu'il vive! Quoiqu'il soit bien loin de son pays et des siens, faites que je le revoie!

Ensuite, courbant son front jusqu'à terre, elle acheva mentalement son oraison.

Quand elle releva les yeux, non sans surprise, elle vit l'ogive de ce pan de muraille qui lui faisait face, s'éclairer soudainement d'une

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