‹ L'esclave du pacha;Chapitre 15 sur 124 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

zar ne se pique pas d'une inaltérable fidélité. Aujourd'hui même , une fille d'Amassia est entrée dans son harem , et les femmes d'Amassia passent pour être les plus belles de toute la Turquie. Qui sait si le sceptre de la beauté ne va pas bientôt changer de mains! Une autre ne peut-elle inspirer à Djezzar un amour plus violent encore que celui que lui a fait éprouver Baïla?

Telles étaient les idées qui préoccupaient si tristement la jeune odalisque , lorsque tantôt , se promenant dans les jardins , elle jetait à la dérobée des regards jaloux vers ces bâtiments, à grillages dorés , qui renfermaient sa nouvelle rivale.

Maintenant , son cœur s'est raffermi , son esprit s'éclaire de plus douces lueurs. Le tableau de sa vie entière , qui vient de repasser devant elle, ne lui démontre-t-il pas que sa beauté doit être incomparable , puisque, après avoir apporté l'aisance dans la maison de son père , elle avait été pour son beau-frère l'objet d'une spéculation qui avait dépassé son espérance même? Au bazar des femmes, deux acheteurs s'étaient seuls présentés , et tous deux, malgré le choix qui leur était offert , s'étaient disputé sa possession.

38 l'esclave dc pacha.

Mais ce qui, plus que tout le reste , lui paraît devoir prouver sa puissance , c'est l'audace de ce jeune Franc qui, pour la voir, franchit, au risque de sa vie , l'enceinte redoutée du palais de Djezzar ; qui, en la voyant , se trouble d'admiration au point d'en perdre la raison ; qui , après l'avoir vue, veut la revoir encore, et, de nouveau , se place audacieusement sur son passage.

Ah ! comment n'a-t-il pas craint que la mort ne fût le prix de sa témérité ? Il ne l'a pas craint parce qu'il l'aime , et que c'est ainsi qu'aiment les Français. N'a-t-on pas vu le plus célèbre d'entre eux , Napoléon , leur sultan , à la tête d'une armée, conquérir l'Egypte pour y chercher une belle femme dont un rêve envoyé par Dieu lui avait révélé le pays et la beauté 1 ? C'est par un rêve peut-être aussi que le jeune Français a eu la révélation des charmes de Baïla ! Peut-être l'avait-il déjà aperçue lors de son séjour à Trébizonde, ou de son passage à Constantinople ! N'importe ! c'est à lui qu'elle doit de se sentir forte et rassurée aujourd'hui.

Que Djezzar prodigue ses passagères amours

1 Cette croyance est encore fort répandue parmi le peuple, en Arabie, en Egypte et en Turquie.

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