‹ L'esclave du pacha;Chapitre 16 sur 124 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

d'une nuit à la fille d'Amassia! demain il reviendra à la Mingrélienne.

Et Baïla s'endormit en songeant au jeune Français.

Éprouvait-elle déjà pour lui un de ces amours inexplicables qui parfois naissent spontanément dans le cœur des recluses? Nullement : avec son costume étriqué, son menton imberbe, elle l'avait trouvé fort peu séduisant, et ce n'est point par son éloquence qu'il avait pu la charmer; mais elle croyait lui devoir de la reconnaissance. D'ailleurs , peut-être voulait-elle es sayer de se venger de Djezzar , même dtfrant son sommeil.

Le lendemain, de grand matin, toujours suivie de Mariam , Baïla parcourait de nouveau les jardins, sous prétexte de faire disparaître les traces de l'inconnu, s'il en avait laissé. Le vent et la nuit les avaient fait disparaître sur ces sentiers recouverts de sable fin.

Néanmoins, en se rapprochant de la rivière Rouge, elle retrouva la marque d'une botte fraîchement imprimée sur la terre d'une platebande. Le pied était petit, étroit et la forme en était gracieuse.

42 l'esclave du paghv.

Baïla hésita à en effacer l'empreinte.

Pourquoi?

Décidément l'étranger lui parlait an cœur?

Non ! caprice de femme , et , parmi les femmes , les odalisques sont peut-être plus énigmatiques encore que les autres.

Après avoir entrepris cette nouvelle excursion à cette fin d'effacer toute trace du passage du Franc, elle se sentait possédée de la tentation de respecter la seule qui fût restée de lui.

Cette empreinte, que n'avaient pu laisser les bostangis, avec leurs larges sandales à semelles de bois, et que le pied du pacha eût débordée à grande marge, qui, par conséquent, devait révéler la tentative de la veille, elle voulait la conserver... Qui sait! peut-être son imagination, surexcitée par ses idées de reconnaissance, à la vue de cette forme élégante, imprimée sur le sol, donnait-elle un démenti à ses yeux, en revêtant l'étranger d'un charme que, clans son premier mouvement de frayeur, elle n'avait pas su reconnaître d'abord ; peut-être, aveuglée par le dépit, Baïla désirait-elle que Djezzar vît cette marque dénonciatrice , pour que sa jalousie s'en alarmât, et qu'il souffrît aussi, lui, dans son orgueil et dans son amour !

Page 1