‹ L'esclave du pacha;Chapitre 18 sur 124 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

comme on dit. C'est peut-être un besoin de la nature humaine de donner ainsi un contrepoids à ses penchants les plus décidés pour maintenir l'âme en équilibre ; de protester tout bas contre ce qu'on adore tout haut> d'opposer une ombre à la réalité.

Il est vrai qu'en fait d'amants, quelquefois l'ombre prend un corps et la réalité se vaporise.

Quoi qu'il en soit, Djezzar était revenu à Baïla, et celle-ci, plus sûre désormais de sa puissance, lui avait fait expier par ses bizarreries, par ses exigences, sa dernière infidélité. On s'émerveillait, dans le harem, de voir le pacha de Sivas, devant qui tout tremblait, plier devant cette jolie esclave si frêle, si blanche, si délicate, qu'il eût pu briser d'un geste ou d'un souffle.

Le bruit en retentit même dans la ville et l'on s'y disait tout bas que si Baïla le voulait, Djezzar se ferait juif.

C'était cependant un terrible homme qu'Aliben-Ali, surnommé Djezzar , c'est-à-dire le Boucher. D'abord icoglan au sérail de Constantinople, quoique élevé par Mahmoud, il n'avait participé en rien aux améliorations civilisatrices que celui-ci avait tenté de faire pénétrer

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dans son empire. Le décret de Gulliané l'avait de même trouvé récalcitrant devant toute réforme. Assuré dans le divan d'une protection qu'il savait reconnaître, il conservait en lui le type pur des anciens pachas, dont ses prédécesseurs et homonymes , Ali de Janina et Djezzar d'Acre, avaient été les parangons.

Il semblait surtout redoubler de barbarie depuis qu'un vent philanthropique, venu d'Europe, essayait de souffler la tolérance sur son pays.

S'adjugeant à lui seul le double métier de juge et de bourreau, grâce à sa justice expéditive, les arrêts émanés de son tribunal étaient aussitôt exécutés que rendus ; quelquefois même, le supplice précédait le jugement.

On citait de lui mille traits qui tendaient à prouver clairement qu'en Turquie, Djezzar était resté de l'ancien régime.

Un aga avait prévariqué. Le pacha, ne pouvant alors s'occuper par lui-même du châtiment du coupable, en ami de la prompte et bonne justice, avait ordonnée un jeune effendi, son secrétaire, de se transporter immédiatement au domicile du prévaricateur, et de lui arracher un œil. Le jeune homme hésitant et s'excusant sur son inexpérience : Approche,

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