‹ L'esclave du pacha;Chapitre 2 sur 124 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

que ses cheveux, étaient cependant, ainsi que ses longs cils et le bord de ses paupières, recouverts d'une préparation d'antimoine appelée sourmah; une petite raie noire verticale lui descendait même du front pour séparer ses arcades sourcilières. D'autres couleurs avaient encore été employées pour donner plus d'éclat à sa beauté. L'incarnat de ses lèvres avait disparu sous une légère couche d'indigo et, par un effet contraire, sous ses veux où le fin réseau de ses veines projetait naturellement une légère teinte bleue, la pourpre du henné resplendissait. Le henné, sorte de carmin végétal, fort en usage en Orient, rougissait aussi les ongles de ses mains, de ses pieds et jusqu'à ses talons, qui ressortaient nus et vifs de ses petites galoches béantes, brodées d'or et de perles.

Ainsi tatouée à la mode asiatique, Baïla n'en était pas moins belle. Son costume se composait simplement d'un cafetan de velours, de pantalons de mousseline rayée d'argent et d'une ceinture de cachemire ; mais tous les colifichets du luxe oriental complétaient sa toilette. La double rangée de sequins qui brimbalait sur sa tête, les larges bracelets d'or qui paraient ses bras, qui descendaient sur ses chevilles ;

les chaînes, les pierreries qui couvraient ses mains, son corsage, qui vacillaient à l'extrémité de ses longues tresses flottantes et brillaient jusque sur sa pipe même, rehaussaient d'un charme étrange ses jeunes attraits.

Afin de mieux comprendre quel genre d'étonnement admiratif sa vue devait produire en ce moment, aux détails rapides donnés sur sa personne et ses atours, il en faudrait ajouter d'autres sur cette vieille esclave noire qui , par son âge comme par sa couleur, par sa taille courte et ramassée, par son regard terne et glauque, opposait un contraste si frappant avec la fraîche blancheur de Baïla, avec sa taille fine et souple et son regard, encore vif et pénétrant, malgré la pensée soucieuse qui alors le voilait à demi.

Pour faire ressortir, pour éclairer ce tableau, il faudrait suspendre sur la tête de ces deux femmes, si dissemblables, un peu de ce beau ciel bleu de l'Asie, et décrire, comme encadrement, quelques accidents de terrain, quelques singularités de cette végétation toute locale qui les environnait.

A quelques pas en avant du platane contre lequel s'appuyait Baïla, un petit bassin circulaire de marbre cipolin, dont le jet d'eau s'é-

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