‹ L'esclave du pacha;Chapitre 21 sur 124 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

comme l'homme, était dompté. Tous deux aujourd'hui obéissaient à sa voix, à son regard.

Dans les premiers temps, malgré îa passion violente de Djezzar, Baïla avait pu douter de la durée de sa puissance, surtout en songeant à la favorite qui l'avait précédée.

Cette favorite, après un règne de trois ans, ayant osé insister en sollicitant la grâce d'un bostangi, condamné à la mutilation de la main, pour avoir péché frauduleusement, la nuit, dans les viviers du pacha, celui-ci, dans un mouvement de vivacité, avait coupé le nez de sa belle Aysché, et, peu soucieux ensuite de la garder dans cet état, il avait complété le châtiment du bostangi infidèle et de l'esclave récalcitrante en les mariant l'un à l'autre. Un champ, situé aux bords de la ville , leur avait été donné comme dot.

Aujourd'hui, Aysché vendait elle-même ses légumes au marché, sur la place du Méïdan, où elle était connue sous le nom de Bournousez( Sans-Nez).

Cet exemple de l'instabilité du pouvoir des favorites avait cessé d'inquiéter Baïla depuis que le chrétien lui avait révélé à elle-même le secret de ses forces. D'ailleurs, lors de l'événement, Aysché n'était plus jeune, et tout don-

nait lieu de penser que sa beauté décroissante avait plus que tout autre motif excité la colère du maître.

Baïla avait dix-sept ans, une tête géorgienne sur un corps circassien, une voix de sirène, des pieds de nymphe ; qu'avait-elle à craindre? Sa volonté était devenue celle du pacha. Tout entier à son amour cimenté par l'habitude, celui-ci semblait ne songer à ses autres odalisques que lorsque la Mingrélienne, par caprice ou par méchante humeur, se mettait en révolte ouverte contre ses désirs. Alors, devant la rebelle, Djezzar ordonnait à un esclave de porter à la beauté qu'il désignait une pièce d'étoffe qui, dans la coutume orientale, annonce la visite prochaine du maître, et que, dans notre façon detraduire les mœurs turques, nous avons amoindrie par cette locution, devenue française, de jeter le mouchoir.

Naguère encore, à l'idée de cette infidélité qui allait lui être faite, Baïla se dépitait, boudait dans un coin d'un air revêche ; sa jolie bouche, relevée aux extrémités de l'arc, murmurait des plaintes et des menaces inintelligibles; ses beaux yeux noirs, aux longs cils vibrants , se fermaient à moitié , et , la tête basse , les prunelles rejetées à l'angle de la

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