‹ L'esclave du pacha;Chapitre 22 sur 124 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

paupière, elle prolongeait en dessous sur l'esclave, sur îe maître, et même sur la brillante pièce d'étoffe, un regard plein de colère et de jalousie. Là se bornait son audace.

Aujourd'hui, quand Djezzar, pour se venger d'elle , se met en velléité d'inconstance , Baïla se jette sur l'étoffe et sur l'esclave, déchire l'une, griffe l'autre, et si l'omnipotent pacha poursuit sa vengeance jusqu'au bout, il arrive souvent, le lendemain, que pour prix de leur double soumission, l'esclave, sous le premier prétexte venu , reçoit la bastonnade, et la favorite d'un jour, chassée honteusement, trop heureuse de ne pas laisser, comme Aysché, son nez au seuil du palais, est envoyée au bazar pour devenir la propriété du plus offrant et dernier enchérisseur.

Tel avait été dernièrement le sort de la belle fille d'Amassia.

Fière de l'empire exercé par elle sur son maître, Baïla s'enivrait du triomphe de sa vanité. Au milieu de ces fumées, le souvenir de l'étranger, du giaour, sans s'effacer entièrement, ne lui arrivait plus qu'à de longs intervalles.

Depuis toute une semaine, elle était restée enfermée, sans descendre dans les jardins,

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lorsqu'un jour que Djezzar était allé lever quelques impôts, tout en chassant au faucon, reprenant ses anciennes promenades , elle se trouva, sans trop y songer, devant l'azaléa pontique.

— Qu'était devenu ce jeune Franc? Habitait-il encore le pachalik de Sivas? Nourrissait-il le projet d'une seconde tentative , ainsi qu'avait semblé le prévoir Mariam? Sans doute il était parti; il avait rejoint son pays, ce singulier pays de France, où, dit-on, les femmes ont le pas sur les hommes ; elle ne le verrait plus ; tant mieux ! Il était capable de trop oser pour elle comme pour lui.

Comme elle était dans ces réflexions, un rugissement d'Haïder se fit entendre du dehors ; il annonçait le retour du pacha. Celui-ci l'avait fait traîner à sa suite pour se donner le plaisir, chemin faisant, de le lancer sur quelque chacal. Elle se disposait à rentrer dans ses appartements pour s'y trouver à l'arrivée de Djezzar, lorsqu'un coup de feu retentit, et une sourde rumeur s'éleva du côté de la rivière Rouge.

Baïla tressaillit , sans pouvoir se rendre compte du motif de son émotion.

— Avez-vous fait bonne chasse? dit-elle à Djezzar quand ils se retrouvèrent seuls.

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